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Au détour d’un bon livre, les rencontres se font et se défont.

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Ameline de Lacour
Rescapé
Localisation : A la bibliothèque du musée, en train de lire L'art de la Guerre.
Mar 18 Sep - 23:57
Ameline de Lacour


Au détour d’un bon livre, les rencontres se font et se défont.

La journée avait commencé bien tristement. La pluie battant à la vitre de ma chambre m’avait doucement réveillé. Samuel à mes côtés me serra un peu plus contre lui dans son sommeil. Quel rêve pouvait-il bien faire pour qu’il contracte autant ses muscles ? Parcourant des yeux ses traits endormis, je ne pus m'empêcher de lui toucher d’un doigt ses belles lèvres. J’étais chanceuse, j’aurais pu tomber sur un homme laid, vieux et gras. À la place, ce bel apollon était tombé dans mes filets. La vision de l’Eugéniste était fort accommodante…

Me défaisant de son étreinte et sortant du lit, je m'approchais de la fenêtre pour observer vivre le petit monde du musée de Cluny. Mon petit monde à moi. Mon royaume.

Posant les doigts sur le carreau froid, je repensais aux quelques semaines qui venaient de passer. Une véritable apothéose. L’attention de l’Eugéniste, l'attachement du Capitaine et chef des guerriers, ma grossesse. Comblée était le mot. Un peu plus et j’atteindrais mes objectifs. Pas à pas. Ma main se crispa sur la vitre et un sourire conquérant éclaircis mon visage.

Qu'y a-t-il Ameline ? “ Murmura, encore endormis, Samuel.

Rien, trésor.

Le froissement des draps, le grincement du parquet et finalement la chaleur de son corps contre le mien. Apposant une main sur mon ventre, Samuel se lova davantage contre moi.

Me baisant le cou, il souffla :

Reviens. Reste encore un peu.

Riant de son désir pour moi, je faillis me laisser tenter, mais je n'avais plus la tête aux amusements : il était temps que je m'apprête. Un conciliabule avec mes suivantes était prévu. Samuel le savait. Il soupira face à mon manque de réaction qui tenait lieu de réponse, mais nous restâmes encore un moment ensemble, unis, à fixer la cour du musée.

Finalement, on toqua à ma porte. La tête morne et placide de Lysia, ma servante, apparut. Chargée d'un beau plateau emplis de victuailles, elle le déposa sur la table de ma suite avant de finir par se tourner vers moi.

Les cuisines vous font dire qu'ils recevront bientôt vos fruits préférés, Madame.

Je hochais de la tête distraitement, avant d'enfiler un peignoir en soie et de m'approcher de ce copieux petit déjeuner.

Ma robe est-elle fin prête ?

Il s’agissait d’une de mes robes favorites : noire, élégante et séduisante, elle m’allait comme une seconde peau mettant sensuellement en valeur mes formes avantageuses.

“  Les plis que vous aviez remarqués ont été repris et l'esclave punis pour son inattention, Madame.

Fort bien. Prépare-la-moi pour aujourd'hui. Il me faut faire belle impression auprès de ces… Dames. Samuel, mon cher, venez partager ce repas avec moi.

D'une main, je lui indiquais une chaise et nous nous restaurâmes tranquillement. Il m'indiqua son programme du jour et son intention de venir me voir le soir même. Je lui fis remarquer dans un sourire qu'il finirait par s'installer dans mes appartements si ça continuait. D'un doux baiser sur mes lèvres, il coupa court à l'amusement moqueur qui sourdait de mes paroles. Il prit ensuite congé et il fut temps de quitter mon nid et d'aller à la rencontre de mes pitoyables semblables. Tâche qui m'ennuyait d'avance, aucune n'ayant l'esprit fin. Au moins, étaient-elles un tant soit peu utiles...






Elle nous a alors fixé avec un mépris absolu ! À croire qu'elle se souciait du sort des esclaves. Elle se prend pour une sainte, un ange, mais il n'en est rien. C'est une garce sournoise, moi, je vous le dis ! Et vous auriez vu les minauderies qu'elle faisait… Je n'ai eu plus qu'une seule envie dès lors, lui mettre une paire de claques ! “ Éructa vivement Sophia, les joues rouges de colère récoltant des réactions de soutien de la part de l’assistance.

La brusquerie de cette femme ne cessait de m’indisposer. Finissant ma tasse de thé, je recentrais l'attention sûr moi en faisant tinter bruyamment la soucoupe sur la table basse.

Vous n'auriez obtenu qu'un avertissement de la part de notre très chère Dame en agissant de la sorte. “ Mon regard se fit incisif. “ Surtout que vous n'êtes pas en très bonne posture ces derniers temps…

Cette sotte de Sophia baissa le regard sous cette pique : elle avait un peu plus de trente-trois ans et toujours pas d'enfants en vu. Autant dire qu'elle était finie et qu'elle allait bientôt devoir travailler. Chose dont elle n'avait plus l'habitude depuis très longtemps. Adieu, envolé le statut de porteuse.

Il aurait fallu faire sortir le loup du bois. Montrer son vrai visage. La provoquer peut-être ? Feindre l'indifférence ? Autant de choses dont vous êtes incapable de toute manière.

Des gloussements se firent entendre de part et d'autre de notre petite assemblée. La brune rougit de plus belle sous l'insulte, se ratatinant un peu plus. Processus rendu comique par son énorme poitrine trop mis en valeur à mon goût. Que de vulgarité dans ce personnage.

Comment se prénomme cette créature ?

Hélyne. Des yeux vert qui vous font fondre, des cheveux blonds comme les prés à se damner, un air candide et innocent qui va en attirer plus d'un… “ Me répondit sagement Oriana, une jeune femme effacée qui cachait une âme de vipère. “ Elle semble avoir des idées “révolutionnaires” et a fait grande impression auprès de la Dame.

Je levais les yeux au ciel à l'évocation de notre supérieure, n'ayant qu'une faible estime en cette femme rongée par des remords inutiles. Samuel m'avait un jour raconté en détail ce qui avait convaincus l’Eugéniste de la promouvoir à son poste… Être capable de sacrifier ses proches sur l'échiquier de son ambition n'était pas un mal en soi, mais agir ensuite comme une pauvre créature blessée… Ça lui enlevait toute crédibilité à mes yeux. Une garce restait une garce, son désir de repentir ne pouvait être que factice. Hypocrite. Un sourire me vint.

Certaines de mes compagnes remarquèrent mon air et me fixèrent intriguées. Je leur répondis en les fixant tranquillement dans les yeux jusqu'à ce qu’elles baissent les leurs. L’histoire de la Dame était un trésor, un moyen de pression qu’il me fallait garder précieusement pour l’avenir. Jusqu’au moment opportun, qu’il soit bon ou mauvais.

Hélyne. Charmant. Un petit ange vient de faire une apparition.” Je me levais dignement, le reste des convives firent de même. “ Nous serons sans doute amenées à la connaître plus intimement dans les jours qui viennent.

Saluant ces dames, je m’arrêtais sur le pas de la porte de l’appartement de notre hôtesse et me retournais une dernière fois vers elles.

Il serait regrettable qu’elle ne se brûle les ailes ou ne finisse par se pervertir dans cette prison dorée...” Achevais-je sans équivoque avant de faire volte-face, sachant pertinemment l’effet de mes paroles sur ces prévisibles personnes.

Qu’elles se lancent dans une curie contre cette sainte ne pouvait que m’être profitable. Leurs attaques perfides finiraient dans le meilleur des cas par leur attirer les foudres de la Dame et dans le pire, la nouvelle rentrerait gentiment dans le rang ou montrerait son vrai visage.






La bibliothèque de Cluny. Un lieu que j’affectionnais tout particulièrement. Calme, retiré, sans personne pour me déranger dans mes lectures ou dans les moments où je me reposais. Je pouvais y réfléchir tranquillement, sans crainte de recevoir une visite impromptue.

Passant distraitement mes doigts sur les dos des livres alignés d’une des armoires, je repensais à cette Hélyne. Une personne à surveiller de plus. La Dame restait toujours parfaitement professionnelle en notre présence, que cette nouvelle ait touché une corde sensible chez cette femme cruelle était extraordinaire. Qu’elle soit une personne calculatrice à l’image construite ou une personne charitable et candide n’y changeait pas grand chose… L'effet qu’elle aurait sur les personnes qu’elle croisait pouvait être potentiellement déstabilisateur sur l’échiquier du pouvoir au sein du musée. Gentillesse, douceur et innocence… Des armes destructrices : elles inspiraient l’espoir, l’empathie, l’affection et surtout la loyauté et la reconnaissance. Je fronçais des sourcils, soudainement soucieuse avant de me reprendre, mécontente de ma réaction. Une partie de moi espérait presque qu’elle soit une garce cachée, tout serait alors plus simple si elle prenait de l’importance. Dans le cas contraire, un plan sur le long terme devrait être mis en place pour l’évincer : changer une personne en la poussant à faire un acte contraire à son éthique, à ses valeurs et lui en faire prendre conscience était une excellente méthode pour ce faire… Quasiment imparable pour les personnes pleines de principes et entière.

Un sourire mauvais, les yeux brillants sauvagement, je m’emparais avidement de l’objet de ma recherche : L’art de la Guerre de Sun Tzu. Je ne compte plus les fois où je l’ai lu, mais j’y reviens toujours. Empreint d’une sagesse immémoriale, ce traité était riche d’enseignements et d’inspiration. La duperie et la connaissance de son ennemi étaient les maîtres-mots de la vision de la guerre par son auteur. Nombre de nations s’en était inspirée, telle que la Chine moderne et la Russie de Poutine. Un indémodable.

Avisant mon fauteuil favori, je m’installais confortablement et me replongeais dans mes pérégrinations guerrières. Une dizaine de minutes plus tard, Lysia m’apporta mon thé favori de ce nouveau monde : un Russian Earl Grey. Elle repartit immédiatement vaquer à ses occupations au sein de mes appartements.

Une servante. M’étirant tel un chat, je me servis une tasse fumante et la sirotais. Cette marque de considération de la part de l’Eugéniste m’avait conforté dans ma volonté de devenir indispensable auprès de lui. De le séduire, de le charmer, de l’obnubiler. Tout était bon : toilette, maquillage, inventivité sexuelle, professionnalisme lors des rencontres d’importance, respect attentif de son image des porteuses. D’où ma volonté de me distinguer de mes consœurs en ne laissant aucune trace de mes manigances pour affaiblir leur position. Les manipuler était simple, il suffisait d’indiquer finement la direction de leurs courroux et en général elles fonçaient tête baissée. Il était facile de comprendre pourquoi : elles s’ennuyaient, ne savaient pas quoi faire à part attendre si ce n’est à cancaner. À partir de là, flatter leur ego, sous-entendre ci, cela, accentuer les différences et susciter les jalousies étaient faciles. Je ne faisais confiance à aucune d’entre elles, ni ne marquais d'intérêt pour aucune en particulier, mais elles me suivaient. Si stupides…

Finalement, je repris ma lecture, en paix, sereine. Plongée dans ces écrits, je ne vis pas le temps passer. Je me servais une dernière tasse de thé lorsque je remarquais alors une présence inconnue. Une jeune femme se trouvait là, m’observant à intervalles réguliers tout en fouillant dans les rayonnages pour trouver un livre à sa convenance. J’arquais un sourcil intrigué, me demandant depuis combien de temps elle était là. Je ne l’avais pas non plus entendu entrer, trop concentrée sur mon livre. De beaux cheveux d’or longs et légèrement bouclés, un visage fin et doux, un air rêveur et candide dans ses yeux émeraude. Un ruban de porteuse. Diantre. La nouvelle. Soupirant intérieurement, je la fixais sans me cacher. Elle semblait… Indécise. Elle cherchait le contact sans savoir comment s’y prendre. Diantre. Laissant une minute s'égrener lentement dans un silence pesant, je finis par perdre patience. Fermant mon livre et le posant sur mes genoux, je redressais le menton vers la jeune femme.

Vous devez être Hélyne. Aucune porteuse à ma connaissance n’a d'intérêt pour la lecture. Vous êtes donc la nouvelle venue. Je vous en pris, prenez un siège.” Fis-je d’une voix neutre en désignant un siège proche du mien.

Elle s’y installa d’une démarche encore pleine d’hésitation, mais son visage soulagé trahissait son contentement de me voir l’inviter à la rejoindre. Une lueur de légère surprise dans son regard m’indiqua également qu’elle ne devait pas être habituée à être au centre de l’attention et que son nom soit connu de tous.

Les arrivées de porteuses se font de plus en plus rares. Votre venue a, en conséquence, suscité un vif intérêt et émoi. Ne soyez donc pas surprise que tout un chacun vous connaisse sans que vous ne puissiez les situer. “ Elle hocha timidement de la tête avant de glisser ses yeux sur le service à thé vide. “Souhaitez-vous une tasse de thé bien chaude ? Ces vieilles pierres sont d’une froideur par ce temps et suintent d’une humidité malsaine, une maladie est si vite arrivée… “ Nouveau hochement.

Je me levais tranquillement, déposais mon livre sur mon fauteuil et sortis de la pièce pour ordonner à un esclave de me rapporter un nouveau service à thé pour deux personnes. Il se précipita et dix minutes plus tard, revint, déposa la théière et les tasses tout en débarrassant le précédent. Hélyne le remercia chaleureusement, le surprenant, et il déguerpit bien vite comme une sourie surpris par un chat joueur. C’était donc vrai… Les esclaves avaient son intérêt… Diantre.

Versant religieusement le liquide odorant aux senteurs fruitées, d’agrumes et de bergamote, je tendis à mon interlocutrice une tasse délicate avant de faire de même pour moi-même. Le silence persista quelques minutes de plus, le temps que la jeune femme puisse goûter le breuvage. Prenant une petite gorgée et reposant doucement la tasse, je me remis à fixer la nouvelle porteuse.


Est-il à votre goût ?
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Hélyne Meyer
Survivant
Mar 6 Nov - 1:07
Hélyne Meyer
Au détour d’un bon livre, les rencontres se font et se défont.

Meyer
Hèlyne

Ameline

Cela faisait peu de temps que j'avais vu la dame et que j'avais rencontré Dante. Tant de choses, en si peu de jours. J'avais abordé la veille Ophélie, une porteuse solitaire qui ne suivait pas les autres et qui m'avait parlé gentiment. Dans l'ensemble je commençais doucement à prendre mes marque dans cet endroit qui était mon nouveau chez moi.Mon foyer. J'évitais avec soin les autres porteuses qui semblaient me dévisager et parler dans mon dos dès que je passais non loin d'elles. Ce genre d'hostilité, je préférais les éviter plutôt que de me rabaisser à leurs petits manèges. Je n'étais pas comme elle et je le prouvais par mes réactions.

Je venais de rendre visite à Ophélie et lorsque je me suis posée dans ma chambre, j'eus la malheureuse surprise de remarque qu'il ne me restait qu'un seul chapitre à lire. Avec un soupir, je me suis plongée dans la fin de mon roman et je me suis donc levée pour aller à la bibliothèque en chercher un autre. Après avoir mis mon châle crème sur mes épaules, je me suis aventurée dans les couloirs pour retrouver la bibliothèque.

Après mettre trompée, deux fois de chemin, j'ai fini par la retrouver. Enfin ! Après avoir rangé mon livre, mon choix se reporté sur le baiser de l'ange, la trilogie regroupée en un seul tome. Alors que je me redressais avec ma trouvaille, mon regard se posa sur une femme aux cheveux de jais et des yeux bleus clairs. Elle m'observa et j'hésitais. Oui, j'hésitais à partir sans demander mon reste. Je l'avais vu avec plusieurs porteuses qui la suivaient et je n'étais pas sûre de vouloir être mêlées à celles là. Mais les choses s'enchaînèrent rapidement.

Elle me fit signe de la rejoindre et je n'ai pus me résigner à l'offenser, si j'évitais les histoires, j'évitais aussi de les provoquer. Une fois installée avec elle, elle fit venir du thé lorsqu'elle me vit regarder sa tasse. Et dire que je constatais juste qu'elle se faisait servir ça où elle aimait s'installer. J'osais jamais et je me déplaçais toujours quand je voulais quelque chose. J'étais trop mal à l'aise avec le côté serviteurs/esclaves. Je sentais son regard inquisiteur posé sur moi, on me servit une tasse et je remerciais timidement la personne qui se sauva en me regardant étrangement. Les pauvres, ils connaissaient rarement la gentillesse et l'attention. Après un petit soupir, je bus une gorgée et elle me demanda s'il était à mon goût. Timidement, je me suis contentée de répondre :

"-Oui, il est assez bon je dois l'avouer. J'aime ce qui est fruité."

Posant ma tasse fumante sur le petit meuble à côté de moi, j'ai posé mon regard sur cette porteuse. Elle m'observait toujours avec attention. J'avais l'impression d'être l'une de ces souris que l'on mettait dans un labyrinthe pour observer ses réactions. Timidement, je lui ai donc dit :

"-Vous connaissez mon prénom, comme l'aviez dit, donc vous avez donc déjà vent de moi. Hors, j'ignore tout de vous, jusqu'à votre prénom. Il serait peut-être bien de vous présenter, afin que je sache à qui je parle, si cela ne vous dérange pas. Je suis déjà assez désorienté par tant de nouvelles choses, ce serait donc bien de mettre les prénoms sur les personnes de mon entourage."

Oui, je faisais attention à la façon dont je lui parlait, elle m'intimidait et j'avais remarqué son langage. On pouvait dire que j'étais méfiante et que moi aussi je l'observais pour la juger, pour juger si j'avais en face de moi une personne dont je devais me méfier ou pas.



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