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Sarrah
Survivant
Jeu 15 Fév - 22:42
Sarrah

ft.Sarrah

ft. Sarrah

Human




Woken up like an animal
Teeth ready for sinking
My mind's lost in bleak visions
I've tried to escape but keep sinking






Est ce encore un songe ? Une hallucination ?

Je me vois me réveiller. D'un coup. Je suis toujours dans ce bar miteux. Un serveur s'apprête à recommencer à me secouer. Pour me faire partir. Parce qu'il est l'heure. L'heure de fermer. L'heure d'errer pour moi.

Je n'ai pas sommeil.

Je n'ai pas sommeil. Je ne veux plus avoir sommeil. Je ne veux plus fermer les yeux. Plus voir et revoir le visage d'Éric. Plus voir et revoir tous les moments de ma vie. D'agonie, de craintes, de détresse et de pleurs. D'abandon surtout et de trahison. Je ne veux plus revoir les visages de tous ceux qui me hantent. De tous ceux qui par mes actes sont morts. Ou qui de toute manière vont mourir. Je ne veux plus…

Moment de flottement.

Des larmes me voilent la vue. Le serveur hésite au vu de mon état. Rageusement, je les essuie et m'en vais sans demander mon reste. Je me retrouve dehors. Ah dehors. Quelle vaste blague. Juste des murs. Encore et toujours des murs de béton fissurés qui enserrent tout dans la Citadelle. Je veux voir le ciel. Le vrai. Sentir le vent sur mon visage et pas un souffle putride et chaud venue des profondeurs et des méandres des galeries. Je veux voir les étoiles si tant est qu'elles aussi n'aient pas déserté ce monde.


Limbs lost to a dead weight stake
Skull cage like a prison
And he's lost faith he'll ever see again
So may he once thought of me then


Alors je cours. J'erre tel un animal blessé. Un animal fou.

De toute manière, c'est bien ce que je suis. Une vieille carne. Pétris de cicatrices. Pétris de rancune. De rage. Ne vaudrait-il pas mieux l'abattre l'animal ? Avant qu'il ne devienne un loup dans cette belle bergerie de bas étage.

Les larmes recommencent à couler.


Underneath this skin there's a human
Buried deep within there's a human
And despite everything I'm still human
But I think I'm dying here


J'ai l'impression de devenir folle. De plus en plus folle.


Woken up like an animal
I'm all ready for healing
My mind's lost with nightmares streaming
Woken up (kicking screaming)


J'atteins le quartier des gardes. J'atteins toujours le quartier des gardes. En bon soldat que je suis. L'ironie qui perle dans cette idée me laisse un goût amer en bouche. Un bon soldat. Un bon toutou. Plus de la République. Ça non ! Jamais ! Mais d'un nouvel ordre aussi semblable qu'au précédent. Aussi détestablement semblable. Mais qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi est ce que j'obéis bien gentiment à tous les ordres que l'on me donnent ? Tous ces faux-semblants, ces machinations me rendent malade. Ces derniers temps c'est devenus de pire en pire. Big Boss devient de plus en plus insatiable et imprudent. Personne n'est dupe et certainement pas le Conseil. J'aurais cru qu'il se serait arrêté. Qu'il aurait été clairvoyant. Mais non. Le pouvoir appelle toujours plus le pouvoir. Un vieil adage. Un sage adage. Il ne s'arrêtera pas. Je le vois chaque jour dans ses yeux. Et il mettra tout à feu et à sang pour y arriver. Quitte à tous nous sacrifier. À me sacrifier dans son ascension. Je ne veux pas. Je ne veux plus.

Mais pour aller où…


Take me out of this place I'm in
Break me out of this shell-like case I'm in


Être une solitaire ? Je revois alors la nuée de zombies dans laquelle je me suis jetée corps et âme pour mettre fin à mes jours. Je me revois attendre la mort. Attendre le dénouement. Je me revois d'un coup me battre parce que les dernières paroles d'Éric me reviennent en mémoire. Son dernier souhait. Celui que je vive. Je ne peux pas mourir. Du moins pas de mon fait. Pas de mon choix. Pour lui. Pour sa mémoire. Mais être seule en tant que solitaire est au-dessus de mes forces. N'est ce pas curieux ce décalage… Incapable de vivre seule puisqu'ayant besoin de contact avec d'autres humains… Un animal social. Je ris. Il me faut partir. Je ne dois pas mourir sur l'échiquier de Big Boss. Et contrevenir à ses ordres, ce serait de la trahison donc un arrêt de mort. Je dois partir.

Mon expression s'assombrit : il va falloir que je prépare mon coup.


Underneath this skin there's a human
Buried deep within there's a human
And despite everything I'm still human



Une main m'agrippe. Me stoppe dans ma marche à travers les couloirs des dortoirs. Un homme. Mon esprit embrumé le reconnaît à peine. Ses contours sont flous. Son visage est flou. Seule la chaleur de nos étreintes éphémères me revient en mémoire. Ses bras viennent m'entourer. Son corps se colle au mien. Ses lèvres se posent sur les miennes. J'ai chaud. J'ai soif. Soif du toucher de l'autre. Mais pas de lui. Pas envie. Pas ce soir. Je me détache et m'éloigne.


I think that I'm still human


Mon errance à un but. Tel un rituel qui se répète inlassablement.

Un revendeur. Le revendeur des dortoirs. Des trucs que l'on trouve, que l'on prend, que l'on prélève et que l'on ramène ici. Comme d'habitude, il me tend une bouteille d'un alcool douteux d'une main et de l'autre attend que je le paye. Lâchant une poignée de capsules, je lui arrache nerveusement mon achat et file sans rien lui dire. Son regard me poursuit alors que je suis déjà hors de sa portée. J'y ai vu une ombre. L'ombre qui porte mon visage. Un long frisson me saisit. Oublier. Oublier.


I think that I'm still human


Heureusement, ce soir, je ne croise pas Anaëlle. Je ne veux pas la voir. Plus la voir. On se ressemble de trop. Elle est aussi voir plus brisée que moi. Je ne veux pas la voir parce que je me vois en elle. C'est lâche, mais je ne le supporte pas. Je ne le supporte plus. Et cette attente. Cette sourde attente. Je grimace méchamment. Elle attend quelque chose de moi. Je le sens dans mes tripes. Je le vois bien. Mais je ne veux pas. Qu'elle me foute la paix. On est trop proche. Et cette proximité m'effraie. Terriblement.

Le couloir dans lequel je suis me parait infini.

Les murs semblent ondoyer, se rapprocher. Ils semblent vouloir m’avaler. J'accélère. Mon souffle devient douloureux. Parfois, je discerne un visage bien trop familier. Enfin l'escalier. Enfin l'échelle tout en haut. J'ouvre la porte de service violemment. Mes phalanges prennent le choc de plein fouet. Qu'à cela ne tienne. Je sens l'air frais. Je sens la froideur, le mordant de cette nuit d'hiver.

Il neige là dehors.

C'est si beau. Si silencieux. Si cotonneux. Je m'avance un peu plus sur ce bout de toit pentu encore intact des halles. Le crissement de mes pas sur la fine couche blanche m'amuse. Me calme. Mon souffle forme un petit nuage. Si beau. Mes doigts tentent d'attraper les cristaux volatiles. Sans grand succès, mais qu'importe ! Je lève la tête vers le vrai ciel. Il est noir d'encre, mais les rayons de la lune illuminent la lente tombée des flocons. Ils sont si nombreux, si graciles. Mes yeux s'écarquillent. Je m'y perds.


I think that I'm still human


Une délicieuse sensation de vertige me prend et je contemple alors la Citadelle, ses lumières. Au loin d'autres tâches lumineuses sont visibles. Là-bas les Humanistes peut-être. Massial y est. Avec la petiote. J'espère qu'ils sont heureux, au chaud et endormis. Une pointe de tristesse me vient. Mon cœur est lourd. J'aurais pu en être. Si Éric était encore en vie…

Paris me paraît plus grand de nuit.

Toutes les horreurs que nous avons connues sont invisibles. On ne devine que parcimonieusement la décadence des immeubles en ruines. Tout semble intact. Le bouchon de la bouteille saute. J'en avale une rasade. Je sens le parcours du liquide dans mon corps, traçant des sillons enflammés. Sur un coup de tête, je décide de m'allonger dans la neige et continuer à observer le lent ballet. Bien vite, mon esprit dérive les souvenirs m’assaillent.  



Underneath this skin there's a human
Buried deep within there's a human
And despite everything I'm still human
But I think I'm dying here





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Sarrah
Survivant
Dim 18 Fév - 20:18
Sarrah

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Human


Les notes de la mélodie qui passaient à travers les baffles égrenaient des paroles mélancoliques.




Le bruit de la pluie battant les carreaux s’ajoutait à la mélopée et renforçait l’atmosphère maussade de cette journée. Les yeux dans le vague, le front contre le verre froid de la vitre, je contemple la rue en contrebas. Personne ne parcourt les pavés et aucune voiture ne trace sa route. Tout semble en sursis. Étrange. Inquiétant.

Les cieux eux-mêmes ne cessent de cracher leur chagrin à la face du monde. Je soupire une nouvelle fois. Ça fait peu de temps que je suis ici. Peu de temps que j’ai recommencé à m’alimenter. À m’entraîner. À vivre. À être. Tout est encore un peu le bordel, autant dans cet appartement que dans ma vie. Les cartons traînent. Mais j’ai du mal à m’y faire. J’ai du mal à me dire que cet espace est le mien. Qu’une nouvelle vie débute pour moi. Que de nouveau, je vive de jour.

Il y a encore quelques mois, je vivais une vie de noctambule. Faite de strasses, de luxe et de paillettes. Un monde qui depuis toujours ne m'était qu'imaginé et que je ne pensais pas toucher du doigt. Ah, les premiers temps avaient été euphoriques, pleins de découvertes et de promesses. Et puis le vernis laqué avait commencé à se craqueler.

Insidieusement. Par petites touches. La rage des combats, le mépris des grands de ce monde, le venin des paroles dites et la trahison dans les yeux de ceux qui m'entouraient m'ont peu à peu fait ouvrir les yeux. Je n'étais qu'un objet. Un outil pour se glorifier, pour se montrer et pour faire parler de soi. Pas une personne. Un pari. Une valeur marchande. Un de ces chiens de combat qu'on envoie dans les arènes déchiqueter ses semblables.

Ah ses joutes… De plus en plus sanglantes et violentes. Pas le droit à l'erreur. Sinon je savais ce qui m'attendais. Je savais que la rossé serait pour moi. Voire pire en fonction de qui pour qui on combat. Combien j'en ai vu revenir terrifiés auprès de leur parrain après une défaite et disparaître du jour au lendemain sans laisser de traces ? Beaucoup. Tout était éphémère dans ce monde. Tout.

Sotte et naïve que j'ai été je m'en suis aperçue bien tard. Bien trop tard. Les mains déjà rougies de sang. Un corps au sol qui ne se relèvera pas. Les cris d'allégresse du public et les tapes dans le dos de mon parrain.

Je frissonne à ce souvenir. À ce terrible souvenir. Rapprochant mes jambes tout contre moi, je me cache dans le creux ainsi formé. Je souris à moi-même. Ironie, amertume, culpabilité, tous ses sentiments se bousculent en moi. Ne pas y penser pour ne pas replonger. Surtout ne pas replonger.

Je me suis enfuie. Finis les combats clandestins. Finis les rencontres louches, l'argent sale et ce luxe. Je n'ai rien pris. Juste avec ce que j'avais sur le dos, je suis partie. Je me suis enfoncée tel un fantôme dans les méandres d'un Paris brumeux. Je voulais disparaître. Ne plus être. Oublier.

Et j'y suis arrivée. J'ai eu l'impression d'émerger que lorsque le visage d'Éric s'est penché sur moi. J'ai eu du mal à le reconnaître au début. J'étais à l'hôpital, je crois. Je ne me souviens plus très bien. Je ne sais plus où. J'étais dans un lit, perfusée, surveillée. Tout était confus. Éric ne cessait de me dire de ne pas m'en faire, que j'étais en sécurité. On m'avait retrouvé inconsciente sous un pont du côté de la porte de la Chapelle. Une équipe de maraude avait appelé les secours. Je souffrais de malnutrition et de déshydratation sévère. Un peu plus et je passais la nuit dehors. Sous la neige. Et je serais morte.

Je n'avais pas mes papiers sur moi. Rien qui puisse m'identifier. Pas de proches qui aient signaler ma disparition. De toute manière, ça faisait deux ans que j’avais disparu des radars. Alors ils ont pris mes empreintes, ont retrouvé mon casier et sont remontés jusqu'à la MECS où j'ai grandis. Espérant sans doute retrouver ma famille, quelqu'un qui puisse me prendre en charge, peine perdue. Mais un homme s'est alors présenté.

Eric. Un éducateur. Celui qui m’était “attitré”. Avec qui j’avais développé une relation particulière au fils des années. L’un des rares qui me tenaient tête. De fait, je lui en avais fait baver, mais à chaque coup dur, à chaque période trouble, il était là. C’est lui qui m’a fait découvrir la full-contact. Lui qui m’a poussé à participer aux compétitions, à passer un CAP. Seulement, lorsque j’ai atteint ma majorité, tout contact avec lui a pris fin. L’administration française était ainsi. 18 ans passés et tu devais te débrouiller seul.

Je n’étais pas à plaindre. Je commençais les combats clandestins, on me fournissait un appartement, des rentrées substantielles d’argent, … Cela a donc était une vraie surprise de trouver Eric à mon chevet. Toujours le même sourire, la même bienveillance qui m’avait filé de l’urticaire lorsque j’étais encore dans la MECS. Peut-être son embonpoint s’était-il développé, sa calvitie naissante à l’époque renforcée… Mais il était égal à lui-même. Il a quelque peu bredouillé lorsque je lui ai demandé ce qu’il faisait là. Il savait qu’il n’y avait pas de raisons valables à sa présence. Ce jour-là, je n’ai pas insisté, trop lasse. Quand j’eu repris davantage de force, et même encore maintenant, je n’ai pas cessé de le questionner à ce sujet sans succès.

Durant les deux semaines où je me suis retrouvée coincée dans ce lit d'hôpital, il est venu chaque jour. Un commentaire par-ci sur l’actualité, une histoire par là sur d’anciennes connaissances de mon enfance. Et surtout beaucoup de questions sur ce que j’étais devenue. Pourquoi j’en étais arrivée là. Au début, je n’ai rien dit. Puis, je commençais à lâcher au compte-goutte et ce n’est que lorsque j’ai commencé à vivre chez lui que je lui ai tout dit. La question d’où j’allais bien pouvoir aller, c’était posée alors que ma date de sortie avait été décidée. Eric savait sans doute que je disparaîtrai une nouvelle fois dans la nature et que cette fois-ci, ça pourrait bien être définitif. Il m’a donc embarqué contre mon grès. C’est lors d’une de mes crises que j’ai déballé mon sac. Son salon était détruit, mais il avait enfin réussi à me faire cracher mon histoire. Me faire sortir de mes gonds, balancer des mots qui transpercent et recoller les morceaux après coups, telle était sa technique avec moi.

Au milieu de la tapisserie en ruine, des restes du canapé et de la moquette arrachée, il m’a promis de me remettre sur les rails. De me redonner le goût de vivre. De grandir. Mais cette promesse, il se l’est faite plus pour lui-même que pour moi.

Du mouvement. Quelqu’un se presse dans la rue. La pluie m'empêche de voir bien loin. Silhouette seule. Rase les murs. J’entends la porte d’entrée de la résidence un étage plus bas se refermer. Je reste là où je suis, les yeux dans le vague, à me concentrer uniquement sur mon ouïe. La porte de l’appartement s’ouvre. Puis se referme. Une minute passe. Eric allume la radio qui débite à flux constants des nouvelles sordides. Une sonnerie. Des paroles vite échangées. Le ton est fiévreux, sec. Je hausse des sourcils, ça ne lui ressemble pas. Grincement du bois. Eric arrive. Très vite. La porte du salon s’ouvre. Le reflet de son visage dans la vitre me regarde inquiet.


“Sarrah, prend tes affaires. On s’en va. J’ai bien peur que nous n’ayons plus le choix… C’est la fin. “





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