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Les ombres du passé [pv : Sarrah]

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Massial Jordan
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Dim 4 Déc - 12:57
Plic… Ploc… Plic… Ploc… Plic... Ploc...
Assis adossé au mur, une main sur sa batte et l'autre dans les cheveux sombres de Calypso, Massial écoutait le goutte à goutte régulier du robinet. La douleur dans son genou s’était dissipée, mais le mal était déjà fait... Ils avaient perdus le reste du groupe dans l’agitation créée par des infectés. Ce qui pouvait s’avérer assez mauvais stratégiquement pour beaucoup.
Ils aviseraient le moment venu. Ce n’était pas comme s’ils ne s’étaient jamais retrouvés dans pires situations tous les deux.

Bougeant légèrement la jambe, il réprima une grimace, la sentant encore raide, mais ça irait. L’adolescente contre lui remua, se recroquevilla, mais ne se réveilla pas. Elle aussi avait besoin de repos après leurs mésaventures des dernières heures.

Lentement, l’humaniste se détendit à nouveau, malgré la position devenue inconfortable, le sol et le mur trop durs, malgré le nid improvisé. Qu'importe... Qu'un détail.
L'habitation était sûre pour le moment et c'était tout ce qui importait. Les lits étaient dans un état trop douteux pour être utilisables, aussi avaient-ils arrêté leur choix sur la salle de bain à l'étage, qui présentait l'avantage de sembler plus saine, d'être en hauteur, à une distance plus que respectable des entrées les plus évidentes et était également dotée d'une fenêtre offrant un éclairage suffisant, ainsi qu'une potentielle issue. Adoptée.

Plic... Ploc... Plic... Ploc...
En revanche, Massial n'avait pas pensé que ce bruit si ordinaire et répétitif viendrait à lui taper autant sur les nerfs.

Plic... Ploc...
Le jeune homme soupira tout bas, s'exaspérant lui-même avant de rouvrir les yeux soudainement. Un bruit. Du mouvement au rez-de-chaussée. Il en était certain.

Merde...

Le regard rivé au plafond comme si la réponse à sa question intérieure allait lui tomber du ciel, Massial resta un court instant immobile, les sens aux aguets, mais ne perçut rien de plus.

Sans geste brusque, le blond décala la tête brune posée sur sa cuisse et se leva, faisant signe à sa protégée de rester silencieuse et de se cacher derrière l'unique meuble de la pièce, lorsque celle-ci s'éveilla. La porte s'ouvrit avec un léger grincement, que l’ancien solitaire maudit intérieurement avant de remonter le couloir sombre sans un bruit pour s'approcher des escaliers, batte à la main.

Rien.
Il s'engagea sur les premières marches, en scrutant les ombres denses du salon plus bas.
La pièce était vaste et surchargée, abritant divers objets de la boutique et de l'atelier attenants, comme une seconde arrière boutique. Des cartons éventrés noyaient le canapé, deux mannequins de plâtre montaient la garde dans un angle et des rangées de vêtements s'entassaient entre la table à manger et le meuble télé... mais pas de mouvement perceptible.
Il se tut. Si le visiteur avait l'ouïe fine, il s'attendait peut-être déjà à de la visite, inutile d'en plus lui signaler stupidement sa progression avec une question à la con. Vous savez les célèbres : "Qui est là ?" et "Est-ce qu'il y a quelqu'un ?". Celles censées vous rassurer, mais vous mettant plus souvent dans la merde qu'autre chose, ces derniers temps.
Nan, des fois, valait juste mieux la fermer... Pas trop jouer les héros et savoir différencier quand se tailler et quand se bastonner.

Arrivé silencieusement en bas des escaliers et ne repérant aucun mouvement, le jeune homme en profita pour jeter un rapide coup d'oeil à la fenêtre côté rue et s'assurer que l'intrus – en espérant qu'il n'y en ait qu'un – n'avait pas ramené de carcasse branlante derrière lui.

Il ne s'attarda pas plus que nécessaire. Un regard appuyé à l'épaisse couche de poussière sur le sol lui laissa comprendre que la partie habitation ne portait que leurs deux paires d’empruntes. La présence détectée n'était donc pas de ce côté.
A contrecœur, sa batte fut troquée et dissimulée sous un amas de vêtements en échange d’une de ses lames, plus adaptée aux espaces encombrés et la porte communicante avec l'arrière boutique fut poussée... Dans la pénombre, celle-ci lui cracha pour la seconde fois de la journée sa puanteur stagnante de renfermé et putréfaction, et son foutoir inqualifiable d'étagères, de présentoirs en rangées désordonnées, mais serrées et de mannequins usés aux silhouettes figées.
Ramassant du bout des doigts une boite renversée, l’ancien solitaire la plaça devant la porte de manière à l’entendre râcler si quelqu’un la passait et se glissa entre les premiers rayonnages hasardeux à la recherche silencieuse de son inconnu(e).



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Sarrah
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Dim 4 Déc - 22:27

ft. Massial Jordan

ft. Sarrah

「 Les ombres du passé. 」



« Putain de merde. »



Ce doux juron qui aurait très bien pu être le mien venait de sortir de la bouche d’Annaëlle.

Elle était ma « coéquipière ». Comme si nous avions besoin d’être en binôme… Mais on ne discute pas les ordres du capitaine.

Le bras droit de ce dernier fixait également l’horizon des rues en ruines qui s’étalaient devant nous. A voir sa tête, il était du même avis qu’Annaëlle. Un épais brouillard recouvrait les environs. Un de ceux humide et glauque qui ne laisse que peu d’espoir quant à pouvoir éviter les embuscades et les mauvaises rencontres.
 
« T’es sûr qu’il se cache ici ? » Beugla le bras droit à un Solitaire recroquevillé au sol.

« O-Oui… »

« Si tu te fous de nous et qu’on c’est déplacé pour que dalle dans ce marais, tu vas le regretter.»

Je levais les yeux au ciel.

Quelle finesse. Comme toujours…

Reportant mon attention sur le paysage, je ne pus m’empêcher de froncer le nez : si réellement l’homme recherché s’y trouvait, cela allait être une vraie partie de plaisir pour le débusquer. Sans compter les autres Solitaires présents et les infectés. Rien que de savoir qu’à chaque angle de murs ou de ruelles nous pouvions tomber sur une marée d’hommes morts ne m’enchantait guère.

Voleur. Récidiviste.

Au sein de la Citadelle ces deux mots réunis étaient impossibles, inconcevables. Et pourtant… Force était de constater que l’utopie était devenue réelle. Depuis deux semaines, le Service de Sécurité était sur les dents, le capitaine risquait sa peau et la grogne parcourait les rangs des gardes. L’ambiance au sein des différents lieux de la Citadelle était électrique. Un rien finissait en bagarre violente, en pétage de plomb. Ça ce terminait souvent en bain de sang… Ce qui n’arrangeait en rien les affaires des commerçants de la Citadelle. Et la réputation infaillible des gardes en était ternie. Inadmissible. Et surtout dangereux. Si la Citadelle n’était pas capable de se défendre, n’importe quelle bande armée pouvait un jour frapper à ses portes et prendre notre place à l’intérieur…

Deux semaines à fouiller le moindre mètre carré…

Dès que le Service avait enfin eu une piste, une meute de chiens enragés c’était empressée de la remonter. Et j’en faisais partie… Non par soif de sang comme la plupart, mais par curiosité pour savoir qui était cette personne. Le capitaine n’avait pu venir, retenu par le Conseil. Nous étions donc une dizaine sous les ordres du sergent. J’espérais sincèrement qu’il était plus censé que mon chef d’équipe…

Cependant, à la vue des lieux désolés et mouvants, l’idée d’un traquenard ne pouvait que s’imposer. Un vrai labyrinthe.

« Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. » Marmonnais-je dans ma barbe.

Annaëlle me jeta un coup d’œil perçant. Tu penses la même chose hein…

« Bon ! » Lâcha le sergent. « On fouille ce trou perdu. On dézingue tout ce qui bouge au pire des cas. Mais on se débarrasse de cet enculé ! Tant pis pour la vengeance, ce qui compte c’est le résultat. Faites-moi un massacre et je ne veux plus une âme vive ou un corps debout d’ici la fin la journée ! »

Aie aie aie… Pas de description physique donc pas de pincettes… Ça ne me plaisait pas des masses. A la mine fermée d’Anaëlle, elle devait penser la même chose. Les autres, par contre, jubilaient, les yeux brillants.

« Allez-y ! » Hurla le sergent.

Tous se précipitèrent. Certains joyeusement. D’autres comme Anaëlle et moi plus prudemment.



Allons donc fouiller les mystères de cette brume humide et froide…









Que c’était excitant.



Ma foulée régulière et rapide emplissait mon corps d’adrénaline.

Mes cheveux, rendus humides par le brouillard se collaient à mon crane. Sensation rafraîchissante. Plaisante.  
Le silence qui régnait en ces lieux était d’outre-tombe. Cela changeait du brouhaha incessant des rues de la Citadelle. La brume absorbait tous les bruits et notre approche restait donc résolument furtive.

Tant mieux.

Slalomant entre les débris sur le sol, nous avancions vite Anaëlle et moi. Pour le moment, pas de trace de vie, pas d’empreintes de pas, rien qui trahisse une présence aux alentours. Après vingt minutes, nous nous stoppâmes et nous installâmes derrière un demi-mur. Nous n’échangeâmes aucune parole, nous reposant simplement. J’appréciais ce coté là d’Annaëlle : pas de paroles inutiles ni de tapisseries. Son imper noir toujours impeccable luisait doucement comme ses cheveux ébène. Ses yeux furetaient à droite à gauche à la recherche de tout ce qui pourrait constituer notre cible. Elle se releva bientôt restant dans l’ombre du demi-mur pour observer la rue au-delà.

C’est alors qu’elle me toucha vivement le bras.

Immédiatement je me plaçais à ses côtés. Quelque chose courrait à une cinquantaine de mètres. A cette vitesse, ça ne pouvait être qu’un humain vivant. Impossible de distinguer ses traits.

Sans même se concerter nous fonçâmes sur les traces de notre inconnu.
Bien vite nous fument perdues et notre cible nous échappa. Du moins nous la perdîmes de vue  à une sorte de carrefour entre plusieurs ruelles.

« Ttsss » Sifflais-je d’agacement.

Anaëlle attira alors mon attention sur le sol meuble. Une foule d’empreintes s’y trouvait. Trois à cinq individus minimums, mais qui allaient dans deux directions différentes.

« Il va falloir qu’on se sépare. » Fit Anaëlle.

« Ce n’est pas très prudent. »

« Nous n'avons pas vraiment le choix. »

Je soupirais : elle avait raison.

« Dans deux heures on se retrouve ici. »
Elle acquiesça et fit une marque sur un mur.

« Je prends la direction Sud et toi Est. »

J’opinais à mon tour et m’élançais sans plus un regard.

Les empreintes au nombre de deux-trois me menèrent jusqu’à un ancien magasin. Elles continuaient sans doute ailleurs, mais le sol était de nouveau bétonné. Hum, j’allais sans doute devoir  explorer les bâtiments alentour. Ce n’était pas une expérience que je prisais. Nombre de trucs encore mouvant se cachaient dans les recoins des ruines…

Un frisson m’agita.

La devanture miraculeusement intacte du magasin de fringues à coté attira mon attention. Il était facile de s’y cacher. Autant commencer par là. Me saisissant de la poignée de la porte d’entrée, celle-ci n’offrit aucune résistance à ma grande satisfaction.

Me précipitant à l’intérieur je percutais de plein fouet un de ces foutus mannequins.

Niveau effet de surprise, c’était réussit. Repoussant ce machin blanc je pris quelques instants à m’accommoder à la pénombre des lieux. Je pris alors conscience de la puanteur ambiante : humidité et renfermé ne faisait jamais bon ménage… Bon diou cette odeur ! Fronçant le nez, je me courbais à demi et avançait entre les mannequins et les vêtements en présentoir. Le grincement d’une porte plus loin me stoppa net. Il y avait quelqu’un. Il devait être devant moi. Continuant de m’enfoncer plus loin dans les ténèbres de ce commerce, je m’arrêtais alors au début des rayonnages. Toujours rien. Et je n’arrivais plus à percevoir ce qu’il y avait plus loin. Autant attendre que ce quelqu’un sorte de cette jungle et je le prendrais par surprise. Me plaquant contre la largeur d’un des rayons, j’attendis tendue. Quelques secondes plus tard, une silhouette émergea de cette forêt immobile, deux rayons plus loin.

Elle s’arrêta également, semblant vouloir attendre.

Flute. Voilà quelqu’un de malin. Il fallait que j’agisse. Sans même réfléchir davantage, je fonçais à la rencontre de l’inconnu me courbant le plus vers le sol pour rester invisible le plus de temps possible.  Alors qu’il prenait conscience de mon approche, j’étais déjà à moins d’un mètre. M’accroupissant en tendant une de mes jambes, je fauchais les siennes. Il tomba lourdement au sol. Pour éviter qu’il ne se relève, je lui envoyais un puissant coup de pied dans le ventre. Il se plia en deux.


Qui était-ce ? Homme, femme ?

Le saisissant par la gorge et le maintenant au sol, je me rapprochais de son visage.

La surprise me saisit. Me paralysant.



Les ombres du passé danses, nuées de funestes corbeaux…



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Massial Jordan
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Lun 12 Déc - 22:20
Sa progression se fit fluide et mesurée, assez pour se glisser silencieusement entre les minces allées sans rien toucher, sur ses gardes… mais rien. Rien de détectable. Pas de mouvement perceptible, ni à l’ouïe, ni à la vue. L'humaniste avait pourtant bien entendu.
Avant d’émerger totalement des rayons les plus opaques, Massial s’immobilisa de manière à garder également un œil sur la porte menant à l’atelier, à l’affut et l’esprit bouillonnant. Atelier, boutique, arrière boutique. Trop de possibilités et peu de visibilité, mieux valait attendre un signe trahissant la position du visiteur avant que ça ne soit lui qui ne trahisse la sienne. Et il aviserait.

Une seconde… Deux secondes… Trois secondes… Quatre secondes…C'est alors que quelque chose se déplaça dans le noir. Soudain trop près. Déjà beaucoup trop près, trop rapide. Se décalant immédiatement, il se mit en garde, le coup partant dans l'instant qui suivit. Davantage fruit de réflexe que d'une réflexion réelle, Massial sentit sa lame frôler son attaquant(e), le ratant sans doute de peu, mais le ratant. Erreur instantanément sanctionnée, il sentit ses jambes être fauchées brutalement dans le même moment occasionnant une chute lourde, qui le sonna autant que le bruit sourd de son corps contre le sol témoigna de la rudesse de cette dernière à travers celui plus mat d'un présentoir renversé avec lui.
Sa main se resserra sur le manche de son arme. A peine eut-il le temps d'esquisser un mouvement dans l'espace confiné qu'un second coup le cueillit. Violent. Puissant. Le pliant en deux et lui coupant le souffle.

Sh... Shit...

Cherchant son souffle, la main qui l'empoigna à la gorge ne l'aida en rien. Il maudit une nouvelle fois cette foutue journée.
Alors maintenant quoi... ? Après une belle branlée ils allaient faire causette ? Lui aussi était devenu du genre à taper d'abord, neutraliser le problème et poser les questions ensuite. Seulement la présence de Calypso le rendait tout sauf du style compréhensif. Encore moins le fait d'avoir perdu le contrôle. Se tendant en le sentant se rapprocher, sa main libre agrippa l'épaule de son adversaire afin de maintenir leur proximité et compenser sa liberté de mouvement restreinte, mais son autre geste se suspendit avant que le métal affuté n'entaille la chaire du corps au dessus du sien.

Ses yeux sombres s’agrandirent de surprise, semblant un instant gommer la dureté habitant régulièrement ses traits fins. Souffle d’une période où toute leur survie était encore empreinte de nouveautés.

Une seconde de flottement s'étira. Deux. Peut-être plus. La notion du temps se déformant.

Ce visage... Ces traits presque anguleux, toujours aussi pleins de caractère. Ses yeux perçants... à leur manière autant que pouvait l'être la lame qu'il tenait. Les siens s'étrécirent, cherchant à percevoir davantage à travers l'obscurité et la dévisageant. Le passé frappant bien plus durement qu'aucun des coups de la jeune femme n'aurait pu le faire.

« Sa… Sarrah ? »

Sa voix basse ne lui sembla pas plus en accord avec ce que les temps passés avaient forgé au plus profond. A peine audible, et pas entièrement liée à la pression de la combattante. Suintante d’une hésitation que le blond ne se connaissait plus, laissée derrière depuis des mois... années même, désormais. L'hésitation tuant bien plus que n'importe quelle erreur... car aujourd'hui...

Si tu hésites, tu meurs...

"Si tu stagnes, tu meurs."

Ses paroles à elle, tellement vraies, plus de deux années plus tôt, Massial n'en avait jamais douté... Ça faisait presque trois ans maintenant...
Elle. Ici. Après tout ce temps. Etait-ce possible ?

« C'est bien toi... ? »

Un souffle. A peine audible. Comme si la réponse était déjà sue, mais que juste oser croire était pure folie. Ses lèvres bougèrent sur un « bon sang » muet et sa prise se resserra pour une toute autre raison que précédemment. Assez forte pour être douloureuse, alors qu'il se redressait légèrement. Comme si la lâcher, à cette seconde, reviendrait à la laisser disparaitre dans ces ombres épaisses, ne redevenir qu'un souvenir. Un souvenir auquel il avait tenté de laisser des pistes à l'époque.

Les gens ont changé.

Ils avaient déjà commencé à changer lorsqu'ils s'étaient rencontrés. L'épidémie avait déjà commencé à les transformer, à en faire des survivants... Ce n'était que le début.
Une alerte voulu se faire entendre quelque part dans son esprit. Ceux qui avaient été alliés ne l'étaient plus forcément. Il le savait. L'ancien solitaire savait tout ça... Ils n'étaient plus les mêmes, forcés de faire des choses qu'ils n'auraient jamais voulu connaitre. Dés le début, l'expérience le lui avait prouvé.
Pourtant, dans cette obscurité oppressante, les ombres du passé ne cessaient de danser, recrachant leurs vieux fantômes...

___________________________________________________________________

Paris, 12ème arrondissement
02h01, 24 Décembre 2021

Entrebâillant la porte derrière lui, laissant les endormis sous la garde de la bougie nimbant doucement la pièce voisine. l'étudiant rejoignit la jeune femme dans l'obscurité, près de la fenêtre, une bouteille d'eau à la main.

« Il dort depuis peu. Je vais prendre son tour de garde, qu'il prenne le suivant »

Sa voix calme n'était pas une proposition. Ils se parlaient sans prendre de gant. C'était son style à elle. Ça lui convenait parfaitement également. Cette journée, comme la précédente avait été éprouvante pour chacun. Quatre jours qu'ils composaient ensemble dans les rues qui n'avaient plus rien de touristiques de la capitale française. Et Massial devait dire que passés les premiers heurts, ils ne formaient pas une équipe trop dégueulasse. Le quartier était pourri jusqu'à l'os, toutefois moins infecté que celui récemment passé, mais autant pollué par les pillards que les contaminés. Les premiers étant au final bien aussi dangereux que les seconds, si ce n'était plus. La progression était bien plus lente et laborieuse qu'ils ne l'auraient sans doute jamais cru, les détours souvent forcés.
S'asseyant sur le rebord de la fenêtre, il s'adossa à l'encadrement de cette dernière, rabattant la capuche de son sweat sur sa tête et enfonçant les mains dans les poches de ce dernier afin de combattre la fraicheur du petit appartement. Son regard scruta les silhouettes errantes au loin dans la rue, alors que d'épaisses volutes blanches s'élançaient au loin à la conquête du ciel nocturne, signe d'incendie.
Tirant un peu plus le rideau, s'assurant de rester invisible de dehors, son regard s'arrêta sur le sang marquant sa manche. Eclaboussures sombres. Il resta un instant immobile. Ce n'était pas du sang d'infectés. Ceux là, il ne les comptait déjà plus depuis plusieurs jours... Les vivants non plus, en réalité, depuis qu'ils avaient dû évacuer l'hôpital et ses patients par eux-mêmes... Que faute d'option, le peu de personnel médical y restant avait pris la décision d'aider à partir les patients critiques ou présentant des signes de l'infection et qu'ils ne pourraient transporter jusqu'à un autre établissement, plutôt que de les abandonner à une fin peut-être plus pénible.
Mais aujourd'hui, ces deux hommes, deux de leurs agresseurs, c'était encore autre chose...

Tournant légèrement la tête vers elle, assez pour lui jeter un regard en biais... Il hésita.

« Je ne pouvais pas laisser de menace dans notre dos »

Il cernait assez Eric. Assez pour savoir que l'impact devait être... plus profond qu'il ne pouvait le mesurer. C'était un homme bien... Un peu comme Jimmy et... et un peu comme Hayden aussi. C'est pour ça que Georges venait le chercher lui, lorsqu'il s'agissait de se salir les mains.
L'éducateur l'avait sauvé et quatre jours plus tard, il avait tué un père et peut-être son fils, sous les yeux de cet homme. Le jeune homme s'était muré dans un silence tenace les heures suivantes, mais si c'était à refaire, sans doute l'aurait-il refait.
Il reporta le regard sur l'extérieur sans un mot de plus, ignorant pourquoi ces paroles étaient sorties. Elles ne changeraient rien. Ou peut-être était-ce parce qu'ils étaient un peu de la même trempe. Qu'ils se comprenaient à travers leurs priorités.
Est-ce que protéger les leurs à tout prix faisait d'eux des ordures ? Peut-être. Peu importe...
De longues gorgées d'eau sucrées rincèrent le goût de bile persistant.

Si c'était à refaire... Il le referait. Pour eux. Pour retrouver les siens et qu'ils avancent. Le plus loin possible.



___________________________________________________________________

Les gens qu'on a connu ont changé...

Mais en revoyant Sarrah, il ne pouvait que revoir cette porte s'étant ouverte, un jour où blessé ça aurait dû être la fin pour lui... Et revoir les jours qui suivirent. Passés la méfiance, ils avaient été des alliés solides l'un pour l'autre. Elle les avait au moins autant couvert Calypso et lui, qu'il en avait fait autant pour elle et Eric... Cet homme ayant fait en sorte que cette porte ne soit pas la fin du parcours pour lui...



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Sarrah
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Jeu 15 Déc - 1:23

ft. Massial Jordan

ft. Sarrah

「 Les ombres du passé. 」



Dès l’instant où je croisais ses yeux bleu nuit, autrefois si familiers, mon esprit vacilla, se disloqua.




Je n’arrivais pas à y croire. Je ne pouvais y croire.

Massial.

Massial. Vivant.

Oh combien vivant. Mes doigts serrés sur sa gorge, les battements accélérés de son cœur ne pouvaient m’échapper.

Vivant.

Mon esprit n’arrivait plus à aligner une idée cohérente. Tout n’était que maelström d’émotions, de souvenirs intenses et de stimuli extérieurs, qui s’entrechoquaient les uns les autres.

Vivant.

Quelque part au fond de moi, quelque chose se brisa, s’ouvra. Une porte fermée. Une porte bardée de fer que je ne voulais plus jamais à avoir à ouvrir. Une porte derrière laquelle les souvenirs et les expériences les plus sensibles de ma vie étaient enfermés. Pour ne plus avoir à souffrir. Pour continuer à vivre.

Massial en faisait partie. Il faisait partie de ce passé que je ne voulais plus jamais contempler. Parce qu’il était à lui. A Eric. A ma lanterne dans la nuit qu’était ma vie. Le seul être qui était parvenu à passer mes murailles jusqu’à toucher mon cœur. Mon père de cœur.

Mon père, mort.

Mort.

Mort.

Mon père mourant dans mes bras.

Eric souriant. Toujours souriant. Un sourire qui ne l’avait jamais quitté. Jamais.
Dans ces yeux non encore éteint, une dernière lueur de douceur. Une dernière lueur d’amour. Une dernière lueur de volonté.

« Vis. »

La lanterne est soufflée. La nuit est noire. Mon monde est mort.

Tout autour de moi, les ruines se dressent. Semblables à moi, elles trompent la mort et l’abîme sans jamais arriver à tromper qui que ce soit sur leur inéluctable sort. Si semblables.
Elles se dressent autour de moi et d’Eric dans mes bras, tel le tombeau que je ne pourrais pas ériger pour lui.


Douleur infinie et cri du cœur silencieux dans les ténèbres.

Un appel. Une main me ramène au présent.

« Sa… Sarrah ? »

Une voix dont les intonations me transpercent.

Mal.

J’ai mal.

« C'est bien toi... ? »

Une main me retient de m’éloigner. De m’enfuir. Une main douloureuse sur l’épaule.

Je-Je…



Non.









Un flash d’une époque oubliée. Les derniers moments de mon monde avant qu’il ne s’effondre.




Massial.

Notre première rencontre. Celle où Eric m’avait poussé à le secourir, lui et la gamine. Moi, j’étais contre. Un danger de plus. Mais comme toujours, Eric avait eu le dernier mot. On les avait sauvés des infectés frais de ce temps-là.

Massial. Ses remerciements que j’avais refusés. Ils n’étaient pas destinés à la bonne personne.

Massial et les paroles acides que j’avais alors prononcées. Parce qu’elles étaient vraies. Parce qu’elles le sont toujours.

Massial et les remords qui le rongeaient à cette époque. L’épidémie venait de débuter, mais déjà, elle transformait tout. Les vivants comme les morts.

« Ne te méprends pas. Ce n’est pas moi que tu dois remercier, mais uniquement lui. » Fis-je en désignant du menton Eric endormi un peu plus loin. « Vous n’étiez qu’un danger potentiel pour nous, pour lui. Gamine ou pas gamine, je n’ai pas souhaité vous aider. Lui si. Quand il sera réveillé, tu pourras le lui dire. »

Je laissais le silence nous envelopper quelques instants avant de reprendre en murmurant calmement et posément.

« Les portes ne s’ouvrent plus. Tu as raison. Si tu veux que la gamine survive, garde ça bien en mémoire. Seulement, il a fallu que vous tombiez sur lui. C’est une chance pour vous, pour moi, vous n’êtes qu’un danger de plus. Je veux qu’il survive. Comme toi qui veux qu’elle survive. Je ferais tout pour et tu feras tout pour. Je pense d’ailleurs que pour elle, que pour augmenter sa durée de vie, tu as dû déjà faire bien des choses. Tuer, frapper, mentir, menacer peut-être ? Tu en as fait beaucoup. Et tu en feras. »

Sans même que je ne maitrise le flux et la teneur de mes paroles, je poursuivais, tranchante.

« Je pense qu’elle va mourir. Elle va mourir si tu ne t’endurcis pas. Si elle ne s’endurcit pas elle aussi. Si tu n’acceptes pas que votre survie passe maintenant probablement par la mort d’autrui, par sa souffrance. Vit avec tes tourments, avec le visage de tes morts qui semblent tant te peser. Sinon, ils t’avaleront. La gamine avec. »

Mes derniers mots, enfin. Si dures que la petite s’est mis à pleurer. Si dures qu’Eric m’a stoppé. Si dures, mais si vraies. Tellement vraies.

« Si tu stagnes, tu meurs. Si tu ne changes pas, tu meurs. »




Black-out.









Massial.




Ses prunelles identiques à celles que j’ai connues.

Ce contact dur. Si dur. Si brûlant.

Sans même que je ne m’en rende compte, ma poigne lui a permis de s’asseoir. Et je suis maintenant agenouillée sur ce sol poussiéreux.

Sans même que je me rende compte, mes mains ont glissé de sa nuque à son visage, que je maintiens tourné vers moi.

Je le contemple alors, avide de noter les différences.

Avides de savoir ce qui lui est arrivé. Avide de comprendre, de savoir, de connaître un passé qui brutalement ressurgis devant moi.

J’ai si mal au cœur. Une douleur si lancinante. Pourtant, aucune larme ne vint s’écouler sur mes joues. Je n’en ai plus. Elles ont toutes été versées il y a une éternité. Il y a 3 ans.
Ses yeux bleus ont durci. Toute son expression s'est durcie. Il semble avoir vu et vécu beaucoup de choses.

Mon souffle se hachure. Après la fin, après les bombardements, je n’ai pas eu la force de les chercher. Tout était sombre, tout était flou. Je ne garde que peu de souvenirs de cette époque-là. J’ai tout fait pour les oublier. Pour ne plus avoir à revoir inlassablement le visage sans vie d’Eric. Mais revoir Massial…

Mon souffle est court. Je pose délicatement mon crâne sur le sien. Comme si ce geste pouvait m’aider à refaire surface, à ne pas me noyer.



Mes yeux se ferment.









Et s’ouvrent. Des années auparavant, alors que le monde sombrait de jour en jour.




Sous mes yeux, une rue.

Un peu plus loin, des silhouettes indistinctes se meuvent. Infectés ou vivants ? Je ne fais plus vraiment la différence.

Entendant quelqu’un approcher, je tourne la tête. Massial. Déjà, quatre jours. Quatre jours que l’on fuyait ensemble, lui et la gamine, Eric et moi. Suivant comme une ombre les restes de l’armée, nous avions rencontré pas mal d’obstacles. La plupart du temps des survivants. Et nous en sortions toujours vainqueur, les mains et les cœurs toujours plus assombris de sang… Eric évitait de plus en plus de croiser mon regard, de peur que je n’y lise ce qui s’y trouvait.

Désapprobation ? Crainte ?

Probablement. D’une certaine manière, son comportement me touchait. Seulement, le plus important était qu’il survive. Rien d’autre ne comptait, ni les actes immoraux, ni les états d’âme. Qu’importe qu’il pense que je ne sois qu’un monstre, il était en vie et c’est tout ce que je voulais. Massial faisait de même avec la petiote. Il se débrouillait bien. J’avais beaucoup de respect pour lui. Nous nous épaulions et il comprenait mes décisions. Ça comptait beaucoup pour moi.

Il était en train de changer. D’évoluer.

De ce que je savais, il n’avait pas eu une vie facile à l’origine. C’était déjà quelqu’un de solide à la base. Mais les événements de ces derniers jours l’avaient profondément marqué. De jour en jour, il se renforçait. Je le voyais à l’éclat dur de son regard, à la moue décidée de son visage et à l’absence d’hésitations dans ses gestes. Seulement, comme toute période de transition, ses valeurs intrinsèques et ses actes réels entraient en collision. Il en résultait une instabilité dangereuse et peut-être persistante. Ici aussi, en cet instant, ses pensées sont ailleurs, son regard me traverse sans réellement me voir.

« Il dort depuis peu. Je vais prendre son tour de garde, qu'il prenne le suivant. » Finit-il par dire.

Je savais de qui il voulait parler: Eric. Nous étions tous deux économes en paroles et ça me convenait parfaitement. A la suite de ses paroles, il s’assit sur le rebord de la fenêtre, rabattit sa capuche avant de mettre ses mains dans ses poches. Ceci fait, il plongea son regard sur le panorama de Paris. Et dire qu’il y a tout juste quelques mois, l’idée de Paris envahi, à feu et à sang à cause de sorte de zombies, n’appartenait qu’aux films et séries B… Quelle ironie. Ville Lumières, tu t’embrasses avant de disparaître. Mon humeur devint plus amère que jamais à cette pensée. Massial tira alors le rideau afin de rester invisible depuis notre perchoir.

Il devint d’un coup immobile et étrangement concentré.

Quelque chose semblait le perturber. Me penchant légèrement, je vis alors des taches de sang appartenant sans aucun doute à quelqu’un d’autre que lui. Infectés ou humains ? A qui appartenait-il ?

« Je ne pouvais pas laisser de menace dans notre dos. »

Affirmation hésitante. Regard perdu qui se détourne aussitôt pour se fixer sur les rues de Paris. Il veut sans doute parler de ce qui s’était passé cet après-midi… Deux hommes. Un plus âgé que l’autre avec une ressemblance diffuse entre deux. Même nez, même couleur de cheveux, et même but : prendre nos armes et nos provisions. Immédiatement, Eric avait tenté de négocier. Pendant un long moment, il n’a eu de cesse de discuter. Finalement, les deux inconnus, fatigués, affamés et dont l’un d’eux était blessé, acceptèrent la proposition d’Eric. Ce dernier, heureux de sa réussite, se précipita à terre pour chercher ce dont on pouvait se séparer. Personnellement, je me murais dans mon silence et dardais sans fixer personne un regard profondément mécontent. Se séparer de nos provisions pour ces deux-là ? Impensable ! Risqué ! Qui nous disait qu’ils n’allaient pas nous suivre et nous étriper dix mètres plus loin ? Même la petite regardait avec suspicions nos interlocuteurs. La confiance trop profonde d’Eric dans la nature humaine et son prochain finirait par causer notre perte. Pourquoi ne se rendait-il pas compte que face à ce qui se passait, les hommes devenaient plus instinctifs, animaux, bestiaux ? Une partie de moi avait la réponse. Ça le tuerait. Si notre civilisation ne s’en remettait pas, continuait de changer ainsi, il en mourrait. Il avait plus sa place dans un état aux visées sociales et codifiées, que dans cette jungle urbaine. Une appréhension profonde me prit aux tripes. J’avais peur de ce futur incertain et sombre. Eric était trop vieux pour changer radicalement sans qu’il ne se ramasse une profonde crise identitaire…

Je ne sais pas si Massial percevait inconsciemment comment fonctionnait Eric, mais je savais qu’il nourrissait envers lui une profonde reconnaissance. Elle était due au sauvetage qu’Eric et moi avions réalisé. Il faudrait qu’à un moment ou à un autre, nous abordions ensemble le cas d’Eric.

Le drame ou l’inéluctable selon les visions advint ensuite.

Massial possédait quelques notions en médecine. Il nous en avait un peu parlé. De fait, je ne fus qu’à moitié surprise lorsqu’il proposa à l’homme blessé de jeter un œil à sa blessure. Ce dernier qui était le plus âgé du duo accepta. Massial l’entraina un peu à l’écart de notre groupe et défit de son couteau le bandage basique qui cachait la blessure au reste du monde. Le plus jeune fut pris à parti par Eric quant au sort des provisions. C’est alors qu’on entendit le crissement d’une lame sur un os, suivit d’un gargouillis indistinct.

Égorgé net, le patient de Massial s’effondra. Le corps de l’homme tressautait encore quand le jeune homme aux cheveux doré se précipita sur le plus jeune. Simultanément, mon instinct prit le dessus et j’écartais violemment de l’homme Eric et Calypso qui s’était rapprochée. Tous deux tombèrent lourdement sur le sol alors que Massial tuait l’homme restant de la même manière que le premier. Une longue gerbe de sang vint alors éclabousser le sol et s’abattre sur mon compagnon d’armes. Ce massacre n’avait pas duré plus de 5 minutes.


Précision, force et effet de surprise.

J’avais devant moi la vision de l’homme que deviendrait Massial lorsqu’il se serait acclimaté à ce qui arrivait. Loin de l’image tranquille et pacifique qu’on avait vue de lui, Massial semblait transfiguré. Une intense émotion faisait briller ses yeux bleu foncé, l’air hargneux qu’il arborait brisait la douceur de ses traits. Cet homme-là survivrait. Vivrait selon ses propres décisions et ses convictions.

Le contrecoup surgit tout aussi rapidement que l’échauffourée précédente. Massial nous fixait sans nous voir réellement, un profond dégout se lisant sur son visage. Lâchant immédiatement son arme, celle-ci tomba sur le sol dans un tintement métallique. Ce bruit brisa le silence et nous reprîmes notre souffle. Calypso et Eric regardaient effarer les deux hommes à terre. Les tirants par le bras, je les forçais à se relever et à s’éloigner. Sans jeter un œil à Massial, je ramassais nos vivres et les remis dans le sac d’Eric. Je me tournais alors vers le jeune homme qui fixait ses paumes ensanglantées sans dire un mot.

Le voir ainsi me serrait le cœur. C’était la meilleure des choses à faire. Ils ne se seraient pas contentés de cela. Ils nous auraient suivis et éliminés. J’en étais persuadée. Le regardant dans les yeux sans trahir mon trouble, je lui tirais sur la manche pour lui faire comprendre qu’il fallait que nous nous en allions. Il obtempéra. Un dernier coup d’œil à la scène attira mon attention sur la lame au sol : celle-ci était courbe et recouverte de sang. Un vieux couteau avec pas mal d’années de service, mais que Massial conservait. Il devait être important. Je le pris avec moi.


Les actes de Massial avaient été un choc pour Eric. Pour tous les deux.

Le jeune homme était resté silencieux pendant plusieurs heures. Les paroles qu’il venait de prononcer étaient les premières depuis cet événement.

Je ne répondis pas. Consciente que tout ce que je pourrais dire ne changerait rien à ce qui c’était produit. Un geste était souvent plus explicite.


Je me rapprochais de Massial et lui serrais fort l’épaule.

Je comprenais sa détresse et son dégoût : jusqu’où irions-nous pour sauver nos proches et avancer ? Jusqu’en enfer et au-delà personnellement. Il le savait. Nous étions de la même trempe. Ses yeux brillaient légèrement quand je m’abaissais pour me mettre à son niveau. Prenant garde à ce qu’il ne perde pas une miette de mes gestes, je mis sur ses cuisses le vieux couteau. J’en avais nettoyé la lame qui renvoyait maintenant un léger éclat satiné.
Je ne sais pas s’il percevait le point commun entre lui et ce vieux couteau usé et salis.

Mais j’étais bien incapable d’articuler un mot, tant l’émotion était palpable.

Tout objet peut être nettoyé, mais il n’oubliera jamais les marques de l’usure et du temps. Ce couteau est ainsi, il en a vu et en verra d’autres. Tant qu’il pourra accomplir sa mission, il avancera. Tu es ainsi Massial, tu es ainsi.



Je détournais les yeux sans cesser de lui serrer l’épaule.









Pour les rouvrir une nouvelle fois sur le présent.




Ces yeux bleu nuit m’observaient avec la même intensité que dans mon souvenir.

Pour la première fois depuis très longtemps un sourire sincère s’étira sur mes lèvres et une phrase s’échappa d’elles : « Oui Massial. C’est moi. Sarrah. »

Quel étrange coup du destin. La seule personne qui a connu Eric et qui est encore en vie.

Moi qui ai toujours fait en sorte d’en oublier le plus possible, voilà que le passé s’invite dans ma danse et me joue un drôle de tour.


Un appel retenti dehors. Un des miens.

Mes poils se hérissèrent. Les ordres du bras droit étaient clairs : épuration du quartier. Il ne fallait pas qu’on les trouve ici.

« Où vous êtes-vous cachés ? » Il désigna la forêt d’étagères plongées dans l’obscurité. « On y va. Sans bruit. » Achevais-je en vitesse avant de me relever.



Quand le présent et le passé se croisent, le choc peut s’avérer explosif.




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Massial Jordan
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Mer 21 Déc - 20:01
Seul le silence lui répondit... et les mains de la jeune femme agenouillée devant lui. Chaudes à travers les bandes humides, elles se perdirent sur son visage. Cédant à leur demande ferme et silencieuse, Massial respecta l'immobilité du moment, la dévisageant tout autant. Le silence seulement troublé par sa respiration encore courte.
Son regard s'ancra au sien. A cette émotion vive qu'il devinait danser, au delà de l'azur brûlant de ses yeux. La douleur. Identifiable. Intense. Intense, sa façon de regarder l'était toujours autant. Voilà, une chose qui n'avait pas changé.

Sarrah...

Percevant le souffle de son ancienne équipière se détraquer à son tour, Massial relâcha lentement la pression, remontant la main jusqu'à la joue de la jeune femme avant de la laisser se perdre maladroitement dans les cheveux courts et mouillés de la fille d'Eric. Massial laissa celle-ci venir à lui. Elle ferma les yeux. Les siens la détaillèrent. Elle semblait en bonne santé. Toujours aussi forte. Mais en proie à des émotions qu'il ne pouvait toutes entièrement saisir. Surprise... Trouble... Douleur...

Vivante. Pendant tout ce temps, elle était vivante. Sa gorge se serra. Quelque chose se tordit en lui. Un soulagement d’un autre temps, d’une autre année l’étreignit, se mêlant à une culpabilité ancienne. La pensée qu'il aurait dû chercher davantage émergea à nouveau. Il ne pouvait pas. A l'époque, il ne pouvait pas. Des bouts de son monde maintenant disparus tenaient encore et il avait tout fait pour en préserver les pans principaux. Sauvagement. Les protéger - du début à la fin - avait toujours été sa motivation. Son moteur, son carburant... Partir. S'éloigner d'eux n'était pas envisageable...
Sa main remonta, écartant lentement des mèches pâles et sanguines du front de Sarrah.

Pardon.

Ses yeux se fermèrent brièvement pour se rouvrir sur le visage de son ancienne camarade d'infortune. Restait à déterminer si les plus infortunés avaient été eux, ou ceux ayant eu le malheur d'avoir pu les cibler, au final. Ces derniers à bien y réfléchir. Compagne d'arme serait plus réaliste, car tout n'avait été que lutte et Sarrah s'était battue lorsqu'il l'avait connue. Toujours battue pour avancer. Ne jamais reculer. Ne jamais stagner.

Un simple geste, un simple regard... Combien de fois, sans un mot, il avait juste su qu'elle comprenait. Pas toujours d'accords, pas sur tout, mais il ne savait pas si elle avait mesuré toute la force qu'il avait pu puiser de sa présence à cette période délicate de transition, de batailles intérieures, ces jours sombres sans Jimmy, sans Georges, ni Hayden ou il était prêt à tout pour les rejoindre ? ... Ou tout se confrontait, morale, désirs et raison. Il avait pu avoir confiance en le sens des réalités que possédait la boxeuse, en son jugement, sa capacité de réaction. Être à la fois un appui et pouvoir s'appuyer sur elle en retour. Confiance, un mot si particulier pendant les temps traversés. Un mot, une sensation profonde, il lui devait une partie de son équilibre difficilement conservé ou pas entièrement détraqué.

Ses yeux ne se détachèrent pas d'elle. Sarrah et son air concentré, fermé sur des pensées qu'il ne pouvait atteindre... Porte close sur un univers que l'ancien solitaire ne soupçonnait qu'en surface. De quoi avaient été pavées ses dernières années ?
Ses propres souvenirs remontèrent. Décousus.

Où es-tu... ?

Jusqu'où l'avait emmené ce monde intérieur qui lui était fermé ? Dans quel obscur chemin l'avait perdu ses songes ? Un dédale où il ne pouvait passer, malgré les routes tortueuses qu'ils avaient su passer. Tant d'épreuves en si peu de temps.
Peut-être pas si obscur, au final... puisqu'à nouveau la boxeuse le regarda, le gratifiant d'un sourire qui lui gonfla le cœur.

« Oui Massial. C’est moi. Sarrah. »

Un sourire difficilement contenu, semblant vouloir exposer le maximum de sa dentition, répondit à son interlocutrice, qu'il ne relâcha pas immédiatement, baissant brièvement les yeux, un rire silencieux le secoua. Pour un peu, il l'aurait serré dans ses bras à l'étouffer. Vivante. Bordel. Elle était vivante.

Sa main se leva pour effleurer la joue de la boxeuse avec une douceur maladroite, la touchant comme par crainte persistante que le mirage se dissipe avant de revenir appuyer brièvement son front au sien.

Très. Brièvement.

Une voix masculine retentie de la rue, brisant le silence. Tout le corps du jeune homme se tendit automatiquement en réponse. Un appel à d’autres. Minimum trois personnes dans les parages. Potentiellement plus. Voix sûre. Forte. Et rien à foutre de la discrétion maximum, donc largement en mesure de gérer les infectés du coin.
La réaction de son ancienne partenaire ne se fit pas attendre, presque trop rapide.

« Où vous êtes-vous cachés ? »
Massial répondit d'un rapide signe du menton vers l'arrière boutique.
« On y va. Sans bruit. »

Se redressant en même temps qu'elle comme un seul homme, l'humaniste lui emboita le pas en ne prenant guère la peine de répondre.

Elle sait.

Il ne comprenait pas exactement ce qu'elle savait, mais il était clair qu'elle avait déjà une longueur d'avance sur lui. Et quoi que Sarrah sache, ce n'était visiblement rien de bon pour eux, ce qui le mettait d'autant plus sur les dents.

Si elle ne les jugeait pas aptes à faire face, le morceau était gros.

« La porte du fond. Attention les pieds. » guida-t-il à mi-voix, finissant par lui toucher le bras pour lui faire comprendre d’inverser et de suivre là où l’endroit se trouvait le plus encombré, faisant appel aux souvenirs de ses premiers passages pour passer sans rien renverser et lui ouvrir le chemin. Quel bordel là-dedans.

Ils s‘engouffrèrent peu après dans la partie habitation, à peine moins capharnaümique que la boutique et son arrière boutique. S’écartant d’elle, Massial récupéra promptement sa batte avant de rejoindre le mur, se plaquant non loin de la seule fenêtre approchable et découverte de la pièce à vivre. Des voix montaient de la rue, trop étouffées par le bâtiment pour être compréhensibles. Il la sentit le rejoindre sans un mot et risqua un coup d’œil, ne lui permettant que d’apercevoir peu de temps deux des gars entendus. Le look d’un des deux lui parlait. Déjà vu.

Deux des doigts du blond se levèrent pour exprimer son court visuel, bien qu’il pensait que l’appel précédent trahissait plutôt un minimum de trois individus présents.

Citadelle.

Le second collait également au profil…

Danger confirmé.

Idée peut-être fausse, mais s’il se fiait à ce qu’il venait de voir, une partie du service de sécurité de la Citadelle semblait de sorti. Et quoiqu’ils foutaient actuellement en dehors de leurs stations, il suffisait de savoir qu’ils faisaient rarement dans la dentelle. Les dommages collatéraux n’étaient pas rares avec eux. De bonnes grosses brutes de compétition.

« Qu’est-ce qu’ils te veulent ? »

Un simple regard et Massial su que ce n’était pas la bonne question. Voilà une chose qu’ils avaient vite apprise et qui n’avait pas changé : se comprendre avec le minimum.
Le style de Sarrah… Ses aptitudes… Et à bien y réfléchir, son attitude première n’avait pas été celle d’une personne pressée par la fuite ou ils se seraient tombés dessus bien plus avant.

Elle en est.

Au même moment, son regard fut attiré par une ombre se profilant en haut des marches. S’accroupissant pour apercevoir le visage de l’adolescente avant qu’elle s’avance davantage, Massial appuya son index contre ses lèvres avant de lui faire signe de reculer dans le couloir.

« Explique. » formula-t-il simultanément à l’attention de la jeune femme à ses côtés.

Tout en écoutant Sarrah, le responsable santé des humanistes passa sous la fenêtre pour rejoindre l’escalier.
En d’autres circonstances, la première question aurait simplement été « Combien ? » pour ensuite évaluer la menace. Seulement, des gardes de la Citadelle, ça changeait forcément la donne. S’y frotter étaient dans les dernières options à retenir. Des malades pour un bon nombre. Des malades dangereux.

De l’explication, il ne retint que les mots clefs.
Voleur récidiviste. Mission. Pas de description.
Pas besoin de traduction. Ils allaient saigner le quartier jusqu’à mettre la main sur ce qu’ils étaient venus chercher et plus, s’il fallait, pour être sûrs.
Massial secoua négativement la tête pour répondre à la question qu’aurait pu se poser son ancienne partenaire. Ils ne trempaient pas dans ce qui les avait conduis jusqu’ici.

A l’extérieur, le cordon semblait se resserrer sur quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Assez pour qu’ils se permettent de délaisser la discrétion.
Le claquement sec d’une porte enfoncée de l’autre côté de la rue lui fit grincer les dents. Ils risquaient de fouiller les bâtiments encore debout un à un, s’ils ne trouvaient pas rapidement leur type…

Ils débusquent leur gibier…

Ils misaient sur la peur qu’ils pouvaient inspirer pour pousser leurs proies à fuir avec précipitation et panique, faire des erreurs et se révéler. A moins d’être tellement sûrs d’eux, qu’ils ne s’encombraient plus de précaution.

« Ici » les guida une voix chuchotée, une fois à l’étage…

Pénétrant dans la semi-obscurité de la seule chambre susceptible de lui offrir une vue convenable de la rue, il s’immobilisa non loin de la jeune humaniste, et écarta légèrement de deux doigts l’épais rideau masquant une ouverture dépourvue de carreau.

« J’ai eu peur que tu sois tombé sur un de ces chiens. Un de ces cinglés vient de passer avec la tête d’un pauvre mec »

Comme pour appuyer ses paroles, Calypso voulu lui désigner un point de la rue avant de daigner accorder de l’attention à l’intruse que le jeune homme avait ramené. L’air d’abord irascible, elle se figea, reculant d’un pas en la fixant avant de se précipiter contre Sarrah, l’enlaçant avec une spontanéité sincère, malgré des débuts loin d’être fameux autrefois. Une étreinte sincère, mais vite écourtée. Un bruit de verre brisé la ramena à la réalité, la faisant sursauter et tourner la tête vers l’autre adulte, guettant une réaction sur ce visage de marbre orienté vers la rue, attendant un mot, un signe, la moindre instruction.
Il se passait quelque chose dans le bâtiment d'en face... Quoi qui avait été trouvé là dedans, ça passait un sale moment.

« Leur certifier que l’endroit est fouillé et vide serait envisageable ? »

Et suffisant ? Sous-entendait-il par la même occasion.

Sarrah déterminerait peut-être leur possibilité de laisser passer l’orage ou leur nécessité de se risquer à bouger et se frotter à une possible sentinelle restée en retrait. Du moins, c'est ainsi que ses pions auraient été placés.

Ton calme. Trop calme pour les circonstances aurait dit certains de ses camarades, un ton sonnant presque détaché à l’oreille, malgré la tension habitant l’ancien solitaire. C’était la solution évidente, comportant le moins de dangers pour chacun et le moins de variables inconnues, mais si pour une quelconque raison l’option n’était pas à retenir… Il devait savoir – maintenant –, conscient du conflit d’intérêt pour l’agent de sécurité, entre son alliance présente et son alliance passée.

Les entendre entrer d’un instant à l’autre lui semblait de moins en moins improbable. S'il fallait agir, ils auraient alors seulement l’avantage des différentes parties à fouiller de l’endroit particulièrement chargé qui représenterait un frein pour les gardes. Si cela se produisait, l’humaniste devrait savoir sans perdre de temps à quoi s’en tenir et agir en conséquence.

Dans le pire des cas restait la fameuse fenêtre donnant sur une ancienne cour et, à la hauteur relativement jouable... A l'extérieur la brume environnante jouerait dans les deux sens, mais décuplerait par la même occasion le risque de rencontre avec les infectés.



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Sarrah
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Lun 26 Déc - 19:20

ft. Massial Jordan

ft. Sarrah

「 Les ombres du passé. 」



Le souvenir de la chaleur de la paume de Massial posée sur ma joue persista un moment, persista malgré notre retraite dans les profondeurs de ce magasin.





Il n’avait pas posé de questions ni eut une hésitation.

Il savait que je ne battrais pas en retraite sans une bonne raison. De plus, les voix extérieures se faisaient davantage présentes à mesure que les secondes s’égrenaient. Leurs propriétaires m’étaient inconnus : une autre unité que la mienne sans doute... Il fallait faire vite. Toujours, nous avions eu ce mode de fonctionnement. Se comprenant sans paroles, se contentant de la confiance mutuelle que l’on portait à l’autre et à ses compétences. Et oui, la confiance. Il ne m’était jamais arrivé d’en ressentir pour quelqu’un d’autre qu’Éric. Mais lors des premiers temps de l’apocalypse, le lien qui s’était construit dans le sang et les épreuves entre moi et Massial, était celui de la confiance. Totalement inconscient, mais indéniablement présent.

« La porte du fond. Attention les pieds. » Indiqua-t-il en me touchant le bras pour me signifier qu’il prendrait la tête de notre duo.


De fait, je le suivis dans ce qui semblait être un prolongement plus petit de l’arrière-boutique.

Difficile à dire étant donné l’encombrement quasiment identique à ce que j’avais pu voir pour le moment de ce lieu. Heureusement, qu’il avait pris la tête de notre marche, j’aurais fait un tintamarre d’enfer. Je m’étais trompée, il semblait que ce soit une habitation. Les meubles que l’on croisait le prouvaient. Massial me quitta alors quelques instants. J’entendais le son étouffé du bruit dans la rue. Combien étaient-ils ? Ne voyant pas revenir mon acolyte, je m’engouffrais sur ses traces.

Il s’était emparé d’une batte de Baseball et collé à la fenêtre, tentait de repérer les nouveaux venus et leur nombre. Je me crispais imperceptiblement essayant de projeter à l’avance comment je pourrais le tirer de ce pétrin. Il était là au mauvais moment et au mauvais endroit. Observant Massial, je m’aperçus qu’il était plutôt propre sur lui, en bonne santé. Était-il affilié à un clan maintenant ? Aux Solitaires ? Si la petiote était encore en vie, ce que j’espérais sincèrement pour lui, ça n’aurait pas été un plan pérenne. Mais c’était tout de même possible qu’il le soit. La Citadelle, impossible. Les Fils de Jean ? Il ne me semblait pas ressembler à un fanatique religieux lors de notre première rencontre… Les Humanistes… Ça ne correspondait pas vraiment à son caractère… Quoiqu’il partageait tout de même certaines valeurs d’Éric. Il pouvait aussi avoir bien changé…

Un mouvement de mon compagnon m’arrêta dans mes suppositions.

Ce qu’il vit alors, ne ressemblait pas à une bonne nouvelle pour lui. Immédiatement, tout son corps se tendit sous l’effet d’une intense tension. C’était souvent l’effet voulu et obtenu des gardes de la Citadelle. Savoir que le Service de Sécurité de la Citadelle était à vos trousses flanquait une frousse terrible. Imaginez une horde de barbares primitifs entraînés, équipés et relativement réceptif aux ordres donnés, vous traquant ne rassurait personne. La plupart du temps, nos cibles finissaient par faire une erreur qui les trahissait à nos yeux, nous permettant de les débusquer. Parce qu’elles avaient peur. Parce qu’elles étaient fatiguées, blessées, affamées… Visiblement, Massial avait eu vent de la réputation des gardes de la Citadelle. Il tendit vers moi deux doigts. Deux personnes. Pourtant, il me semblait en avoir entendu plus. Il allait valoir faire très attention.

« Qu’est-ce qu’ils te veulent ? »

Une lueur amusée dansa dans mes yeux.

Moi, rien. Vous, sans doute. Le voleur, clairement. Après quelques secondes, l’expression de l’homme blond évolua sensiblement. Il a compris.

Je hochais la tête calmement.

Quelque chose troubla alors Massial. Il regarda du côté de l’escalier avant de faire un chut inaudible en mettant un doigt devant sa bouche. Une autre personne ? Je pris un air dangereux. J’espère qu’ils ne sont pas nombreux, sinon la situation pourrait rapidement évoluer dans le mauvais sens. Il se retourna tout aussi vivement vers moi.

« Explique. »

« Un voleur récidiviste nargue le Service de Sécurité de la Citadelle depuis quelque temps. Il nous met dans une sale position qui nuit à nos intérêts et à ceux du Conseil. » Je poursuivis sur un ton railleur. « Le hic : pas de description de notre proie. Juste une info comme quoi il serait dans le coin. The Big Boss a décidé d’épurer le quartier. C’est efficace, rapide et ça permet aux timbrés du Service de laisser cours à certaines de leurs pulsions. Une grosse partie des gardes sont de sortie. C’est également ma mission. » J’appuyais sur ces derniers mots, interrogative sur ses raisons de se trouver ici.

Il secoua la tête négativement. J’en fus soulagée. Il n’empêchait qu’ils fussent dans le pétrin.

Les chocs sourds s’enchaînant sur une porte interrompirent notre dialogue.

Ils avaient trouvé quelqu’un. Ils ne faisaient pas dans la dentelle. Peut-être qu’Anaëlle serait aussi dans les parages. Pas une bonne idée, elle ne m’aiderait pas pour ce coup-là. Je fronçais les sourcils : les gardes n’avaient aucun moyen de savoir s’ils allaient atteindre leur cible. Le groupe à proximité finirait par vérifier les autres bâtiments. Dont celui où Massial et la ou les personnes qui l’accompagnaient se trouvaient. Il allait falloir que je sorte pour envoyer le reste de la troupe sur une autre piste. Mes méninges se mirent à tourner à toute vitesse, explorant chaque possibilité et tentant de prévoir leurs conséquences latentes.

« Ici. »

Une voix féminine, jeune.

Je regardais Massial. Se pourrait-il que ça soit ? Nous montâmes l’escalier. C’était bien elle, grandit. Calypso. La protégée de Massial. Toujours en vie. Éric aurait été heureux de l’apprendre. Un pincement au cœur assombris mon visage. Elle était en vie et non Éric…

La chambre dans laquelle nous venions d’arriver était plongée dans une semi-obscurité. Un rideau couvrait la seule fenêtre qui donnait sur la rue. Bon perchoir et centre d’observation. Où que leurs pas les ais amenés, ils n’avaient pas perdu leurs réflexes. Ceux que l’ont avaient appris dans la violence et le sang. L’homme blond se précipita directement vers la fenêtre et écarta légèrement le rideau.

« J’ai eu peur que tu sois tombé sur un de ces chiens. Un de ces cinglés vient de passer avec la tête d’un pauvre mec. » La gamine s’approcha de Massial et tenta de lui montrer un point du paysage.

Je pris un air amusé : la petiote avait beaucoup changé. Ses propos assurés et acérés trahissaient un endurcissement plus que bienvenu. Handicapée assez lourdement et faiblarde, elle m’avait toujours semblé être une charge excessive portée par Massial. Ce dernier connaissait mon avis sur la protection acharnée qu’il lui assurait. Pour autant, je n’étais pas vraiment en reste avec Eric… Ce dernier ne se serrait jamais habitué à l’univers actuel dans lequel nous déambulions. Sa mort était peut-être un bienfait. Une douleur et une culpabilité familières s’abattirent sur mes épaules. Comme à l’époque, la dualité de mes pensées me taraudait, accroissait un malaise interne implanté depuis bien longtemps.

C’est à ce moment que la petite remarqua ma présence.

Arborant un air qui ne lui ressemblait décidément pas dans mon souvenir, elle me dévisagea. Son expression changea du tout au tout et elle redevint celle que j’avais connue. Courant vers moi, elle m’étreignit. Prise au dépourvue, je ne lui rendis pas son étreinte. Finalement, je fourrageais joyeusement dans sa chevelure. Qu’elle avait grandi.

L’instant se brisa aussi net que le verre qui tomba alors au sol dans un autre bâtiment. Les gardes avaient sans doute trouvé une autre victime… Peut-être était-ce cet homme que je cherchais moi-même. Calypso sursauta surprise et se retourna vers Massial. Ce dernier fixait la rue sans mot dire. L’homme blond aussi avait vieillit. En observant son beau profil, je ne pouvais m’empêcher de le remarquer. Il semblait plus dur et plus lasse tout à la fois.

« Leur certifier que l’endroit est fouillé et vide serait envisageable ? »

Je pris le temps de poser mes mots avant de lui répondre.

Sa question en contenait en fait plusieurs. Fallait-il rester planquer ? Est-ce sans risque ? Ou alors bouger et profiter du manque de visibilité ? Je sentais aussi qu’il me jaugeait, me sachant dans une position inconfortable : les aider au risque de me faire attraper par mon clan. Pourtant, dans ma tête tout était clair : leur survie passait avant mon affiliation à la Citadelle. En effet, ils étaient l’unique vestige vivant d’un passé qui ne cessait de me hanter. Massial était certainement la personne la plus proche de moi dans ce monde actuel et je ne voulais pas qu’ils meurent tous les deux.

« C’est plus qu’envisageable, je vais aller leur parler. Cependant, je veux connaitre la raison pour laquelle vous vous trouvez ici aujourd’hui. Dites-moi et je vous expliquerais mon plan. »

Massial me fixa longuement. Il réfléchissait intensément. Calypso encore accrochée à mes vêtements s’éloigna de moi pour se mettre à côté de l’homme blond.

Pleine d’une tranquille assurance et de mon calme habituel, je m’adossais au mur en croisant les bras.

Alors qu’on entendait des hurlements déchirants provenant du bâtiment voisin, j’attendis que Massial prenne la parole.  

Calypso se sera contre Massial. Sa réaction n’avait pas changé. Je trouvais ce cri rassurant. Au moins, mes chers collègues étaient encore occupés.

M’adressant à Calypso : « Tu ne devrais pas avoir peur. Tant qu’ils s’amuseront et seront concentrés ailleurs, tu ne craindras rien. Le silence dans les ruines est-ce qu’il y a de plus dangereux. Il est synonyme de menace, d’une menace non-visible et qui pourrait bientôt fondre sur toi. Alors reste à l‘affût et maîtrise toi. »

Elle hocha la tête timidement et se redressa. Autrefois, elle se serait recroquevillée plus bas que terre et aurait pleuré face à mon ton. Décidément, celle de nous trois qui avait sans doute le plus évolué, c’était elle. Je lui adressais un petit sourire approbateur et elle lâcha le vêtement de son protecteur. Ce dernier continuait de rester muet. Je le regardais avec insistance, me demandant ce qu’il pouvait bien penser.




Alors Massial, que me cache-tu ? Qu’as-tu besoin de tant peser pour prendre autant de temps à en parler ?  





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Massial Jordan
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Jeu 5 Jan - 23:13
Le silence s'étira, contrastant avec leur rapide repli précédent. Sarrah réfléchissait avant de s'exposer. Compréhensible. Mais le temps perdu risquerait de jouer en leur défaveur, en cas de négation.

10... 9...

Le visage neutre, Massial resta concentré vers l'extérieur, décomptant mentalement et avec une lenteur calculée : un compromis. Elle avait besoin de temps. Lui en avait peu à offrir.

Toujours être prêts à agir... Est-ce qu'elle se souvenait ? Il n'en doutait pas, pourtant...

... 8... 7...

Un cri se perdit dans les ruines. Peur. Douleur. Le début d’une fin.

6…

L'indifférence n'était pas le mot, mais est-ce que les calculs froids et purement rationnels des jours actuels sonnaient définitivement la fin de ce qu'il avait été ? Poser le temps d'une mort comme une statistique... pour calculer son propre temps de répit. Il n'aurait su dire s'il s'était perdu, ou s'il s'était trouvé au fil des épreuves.

5...

Epreuve après épreuve... Se façonner et avancer, garder le cap pour ne pas sombrer…

4... 3...

Tout était affaire de choix et de conséquences. Il y avait toujours un temps pour les faire et un pour agir. Le temps fuyait.

2...

Détournant le regard de la fenêtre, Massial l’adressa à la jeune femme avant de s'apprêter à quitter la pièce. Qu’elle réfléchisse pendant qu’il commencerait à faire ce qu’il avait à faire. Qu’elle pèse son choix.
Peut-être que le mouvement qu’il esquissa pour quitter sa position de guet fut le déclencheur, ou peut-être le temps laissé était le juste timing, quelle que soit la réalité, la réponse tomba avant la fin de son décompte personnel.

« C’est plus qu’envisageable, je vais aller leur parler. Cependant, je veux connaitre la raison pour laquelle vous vous trouvez ici aujourd’hui. Dites-moi et je vous expliquerais mon plan. »



Que dire ? Que dirait-elle de ça ? Le silence ne fut plus celui de son interlocutrice, mais le sien.
Un nouveau cri lacéra le voile de brume. Plus déchirant que jamais. Une promesse aux suivants.
Calypso revenue près de lui, se pressa légèrement contre lui, tentant d’apercevoir l’extérieur, peu rassurée. L’adolescente tourna la tête vers la boxeuse aux paroles de cette dernière.

« Tu ne devrais pas avoir peur. Tant qu’ils s’amuseront et seront concentrés ailleurs, tu ne craindras rien. Le silence dans les ruines est-ce qu’il y a de plus dangereux. Il est synonyme de menace, d’une menace non-visible et qui pourrait bientôt fondre sur toi. Alors reste à l‘affût et maîtrise toi. »

Toujours des paroles aussi vraies. Jamais enrobées. Allant droit au but. Il reconnaissait bien là la signature inchangée de Sarrah. Les changements étaient ailleurs. Il partageait son avis. Rien qu’à l’oreille, il savait que le danger était encore canalisé, bien que tout ce remue ménage risquait de rameuter et concentrer les charognes du coin dans les environs pour un moment ensuite.

Il sentit Calypso se redresser, la main de la jeune fille se relâcher sur sa manche. Il le sentit plus qu’il le vit, les yeux rivés sur l’agent de la Citadelle.

Cette façon de le regarder… Avait-elle conscience d’à quel point elle donnait l’impression de fouiller au plus profond de l’autre ? Aiguisée. Telle une lame. Incisive. Mais une impression seulement ou ils ne seraient guère ainsi actuellement.
Un nouveau cri. Presque une supplique à l’oreille.
Un soupir discret passa les lèvres de l’humaniste.

« De la récupération, nous revenions d’une excursion avec d’autres. »

Tout en parlant, Massial fit signe à la brune de continuer à surveiller la rue et approcha de la porte, s’arrêtant avant d’en passer l’encadrement pour soutenir le regard de son ancienne équipière.

« Du Lycée Voltaire. » répondit-il avant que la question n’ait à être formulée. « Hé oui, ça semble te surprendre. »

Une lueur amusée dansa dans ses iris sombres, accompagnant un léger sourire narquois.
Peut-être trouvait-elle donc la présence de Calypso à l’extérieur de ces murs solides encore plus surprenante, mais ce n’était pas un point que le blond jugeait opportun de débattre dans l’immédiat. Ni de débattre tout court, malgré les oppositions de plus d’un dans ce nouveau clan.

« Mon genou a merdé. Calypso est restée. »

Ajout simple, bref et clair de sa part avant de disparaître dans le couloir pour récupérer leurs sacs.
S’il y avait bien des choses qui n’était pas encore de l’histoire ancienne, ceci en faisait partie. De ce fait, était-il vraiment utile de dire à voix haute ce que Sarrah en déduirait elle-même ? Non.

Ça te rappelle de bons souvenirs ? songea-t-il ironiquement.


____________________________________________________________
Paris,
13h02, 26 Décembre 2021


Des bruits de pas précipités accourant vers sa position.
Avec un juron à peine étouffé, l’étudiant repoussa sur le côté le corps fraichement nécrosé l’ayant suivi dans sa chute – lorsque son genou avait subitement flanché, sans signe avant coureur – et dégagea sèchement sa lame avant d’amorcer un mouvement pour se redresser. La douleur le terrassa, soudaine, fulgurante, lui arrachant un cri de surprise atténué par le poing qu’il pressa devant ses lèvres. Jurant, le jeune homme se recroquevilla légèrement sur le carrelage, dents et poings serrés, devenant aussi blanc que la craie. Avec rage, son poing heurta le sol du couloir nouvellement nettoyé de ses occupants, alors qu’une paire de bottes noires entrait brusquement dans son champ de vision périphérique.


« Fais chier ! »



17h34, 26 Décembre 2021


Assis, adossé au canapé où Eric l’avait aidé à se poser une demi heure plus tôt, sa jambe douloureuse étendue devant lui… il regarda l’homme allumer avec hésitation une bougie et la poser sur la table basse… Le rituel de chaque nuit. Un frisson le parcouru. Les cris d’agonie avaient cessé depuis plusieurs minutes déjà, mais les râles des infectés demeuraient à l’extérieur de l’appartement, avides et plaintifs en accompagnant leur lugubre repas.
Ses yeux se posèrent sur la commode bloquant la porte. Un bras passé autour des épaules de Calypso, sa main crispée maintenait l’un des écouteurs de son mp3 contre l’oreille de l’enfant qu’il sentait sangloter. Le père de Sarrah souffla quelque chose, cassant le silence lourd entre eux, le forçant à reporter son attention sur lui. L’homme répéta sa question.


« Je vais bien. »

Est-ce que ses traits trop tirés témoignaient le contraire ?
La progression de fin de journée avait été un véritable combat à elle seule. Trois injections difficilement dosées d’anesthésiques dentaires ramassés quatre jours plus tôt dans un cabinet l’avait aidé à avancer. Le reste, il le devait à sa forte endurance à l’effort et à la douleur. Pour ça, il pouvait en partie remercier son passé sportif, tant pour le physique que pour le mental.


Le plus important est de s’entrainer très souvent, disait Kyle, ancien pilote, son coach de l’époque où l’adolescent qu’il avait été vivait et respirait pour les courses et la vitesse. Lorsque le corps est habitué, il récupère très vite et peut subir beaucoup plus de contraintes. Pas de secret : ceux qui vont à l’entrainement sont devant. A moto, le talent compte plus. Mais le physique et l’entrainement jouent énormément sur le psychique et le mental, la performance et la prise de risque en fin de course.

Si Kyle savait… Pendant des années, il lui avait donné une rigueur et une résistance qui lui sauverait peut-être la peau, au final, même si la moto était loin maintenant.


« Ça passera avec la nuit… »

Des mots en réalité plus adressés à la boxeuse qu’à l’éducateur… Il la fixa. Ils se jaugèrent face à la situation.


Je sais exactement à quoi tu penses. Et tu le sais.

Massial savait, car leur mode de fonctionnement se rejoignait sur plusieurs points. Il savait exactement ce que Sarrah cherchait à évaluer. Ce qu’il aurait cherché à déterminer également si la situation avait été inversée.
L’arrivée de la femme pourchassée un peu plus tôt jusque dans l’immeuble avait stoppé net les pas de la boxeuse bouillonnante, mais le problème demeurait latent, presque palpable... Telle la douleur diffuse de l’avant-veille, l’ayant accompagné deux belles heures avant de s’atténuer sans conséquence, contrairement à celle soudaine et fulgurante du début d’après-midi. Imprévisible. Traitresse. Son genou ayant purement et simplement lâché.


Ça aurait pu être n’importe quand. C’est ça que tu te dis, hein. C’est sournois et tu l’as compris.

Si elle avait cherché sa principale faiblesse, elle l’avait trouvée, aujourd’hui.
Seulement, Sarrah avait besoin de lui. Tout comme Massial avait besoin d’elle. Se protéger soi-même était une chose. Protéger quelqu’un de plus vulnérable en était une autre. Impossible d’être à l’avant et à l’arrière à la fois. Tant qu’ils progressaient ensemble, Eric était couvert à chaque instant, et Calypso également, les détours moins nécessaires et le temps gagné était précieux. A deux, ils passaient, ouvraient le chemin, là où seuls, ils auraient été contraints de plier.


Et tu le sais.

La proportion d’infectés grandissait de jour en jour sur leur route. Le bruit courait que ceux en quarantaine finiraient par être éliminés. Décision tellement tardive… Tellement… Tellement loin d’une partie la population livrée à elle-même dans la jungle actuelle.
Appuyant sa tête à l’accoudoir avec lassitude, le blond fronça les sourcils quand Eric souleva l’idée d’adapter leurs plans afin de le préserver.


« Surtout pas. On doit passer le barrage en priorité, après… »

Un geste vague signifia qu’après ça, si la zone qui s’ouvrirait à eux était mieux régulée que celle-ci comme ils l’espéraient, tout resterait possible. Poursuivre ensemble, faire route à part… Pour l’heure, leurs choix demeuraient limités



____________________________________________________________

Mon genou a merdé. Calypso est restée.

A elle seule, cette phrase justifiait l’absence du groupe. Qu’importe la ou les raisons, elles pouvaient être multiples dans l’esprit de la combattante, mais ça ne changeait rien à la situation. Etait-il nécessaire de s’étendre ? Non. Il n’avait pas suivi le rythme, ou c’était replié de son côté en anticipant ce fait. La jeune femme pouvait le conclure elle-même sans problème.

Ramassant hâtivement leurs sacs, Massial roula en boule les restes de leur lit improvisé et l’expédia – bien tassé – dans l’unique meuble de la pièce, ramassant au passage un déodorant poussiéreux avant de rejoindre les deux représentantes de la gent féminine. Testant le petit aérosol, il le déposa au sol avec son briquet, faisant comprendre à la jeune fille d’empocher le tout, avant de dissimuler un premier sac au dessus de la haute armoire occupant la chambre après avoir retiré la lampe torche glissée dans une poche latérale, visiblement ajoutée par leurs soins.

« Je t’écoute. Si ça s’impose, sache qu’on a une sortie possible dans la pièce du fond et qu’un accès aux égouts se trouve à deux rues. »

Clairement, s'il devait bouger Calypso de là et risquer de se mettre à découvert, ça serait bien pour l'extraire du périmètre de recherche, et non pour se terrer là où le problème persisterait.
Se rapprochant de la fenêtre, Massial délaissa temporairement le second sac au pied de l’armoire, abandonnant le soin à Sarrah de le fouiller, si ça lui chantait d’avoir un aperçu du contenu de ses propres yeux. Deux boites de gants jetables ramassées derrière le comptoir d’un vieux traiteur et du film alimentaire – qui finiraient tout droit à l’infirmerie – se battaient au milieu de divers fonds de placards, témoins de trouvailles hasardeuses. Dehors un semblant de calme était revenu.



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Sarrah
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Sam 14 Jan - 23:08

ft. Massial Jordan

ft. Sarrah

「 Les ombres du passé. 」



Massial devenu un Humaniste…




J’aurais tout entendu.

Remarquez, cette nouvelle ne m’étonnait qu’à moitié. L’homme blond avait de nombreuses fois discuté avec Eric durant notre cavalcade commune. Ils partageaient tous deux le même avis sur certaines questions. Des idées humanistes et pleines de fanfreluches idéalistes. J’aimais Eric pour ses opinions et son indécrottable optimisme à toute épreuve, mais parfois, j’avais du mal à le suivre. Après tout ce que nous avions vu autour de nous et de la lente chute de Paris, je ne comprenais pas comment il pouvait rester persuader que croire en son prochain était toujours la meilleure des solutions. Je ne voulais pas comprendre pour être honnête. Une seule chose importait à mes yeux : qu’il survive un jour de plus, une semaine de plus. Son honnêteté et sa bienveillance n’étaient souvent que des obstacles pour moi. Synonymes de danger et d’imprévisibilité.

Pour autant la présence à nos côtés de Massial et Calypso améliorait ses chances de survie. Tant au niveau de la sécurité qu’au niveau mental. Grâce aux discussions qu’ils avaient ensemble, ils maintenaient l’équilibre émotionnel d’Eric et je n’en demandais pas plus. Depuis le tout premier soir où avait eu lieu notre rencontre, je ne pouvais que noter le léger regain de volonté dans les yeux d’Eric. Une partie de moi s’en trouvait soulagée, tandis qu’une autre s’inquiétait de cet attachement visible. Eric essayait tant bien que mal de prouver à Massial qu’un avenir était possible. Un avenir où les valeurs de générosité, d’ouverture et d’altruisme avaient toutes leur place. Pour moi, ce n’était qu’illusion. Une douce illusion. La nature humaine étant ce qu’elle est, difficile d’imaginer un futur où une telle utopie existerait. Surtout en ces temps de grandes incertitudes, de survies et de mépris de l’autre.

« Et oui, ça semble te surprendre. »

Et pourtant…

Après l’épisode de la tuerie des deux hommes par Massial, ce dernier écoutait attentivement tout ce que disait Eric. Je ne pense pas qu’il y croyait réellement, mais il était clair qu’une partie de lui était sensible à son discours. Peut-être espérait-il ainsi obtenir une rédemption à ses actes, une forme de repentance envers Eric. À mes yeux, il avait fait ce qui était à faire, mais visiblement cette certitude ne lui suffisait pas.

Trois ans plus tard, force était de constater que Massial avait suffisamment intégré les idées d’Eric pour se retrouver parmi les Humanistes.

Qu’à cela ne tienne. Il s’agissait de son choix. Et au moins les zigotos de son groupe avaient beaucoup plus de chance de perdurer en l’ayant à leurs côtés… Imaginer Massial au milieu de gamins baveux et d’idiots utopistes me fit sourire. Ça ne devait pas être simple tous les jours pour lui et son pragmatisme. Assister à ce spectacle aurait été des plus amusant… Un sourire carnassier se peignit sur mon visage.

« Je comprends mieux pourquoi les Humanistes existent encore… »

Un sourire narquois me répondit en écho à mes paroles. Bien vite remplacé par une mine sombre et grave.

« Mon genou a merdé. Calypso est restée. »

Aie. Visiblement, certaines choses restaient ce qu’elles étaient et n’évoluaient pas dans le bon sens. Au cours de notre cavalcade commune, j’avais appris à faire connaissance avec le problème de Massial. Qui survenait dans les moments les plus surprenants et les moins opportuns.

Une corde sensible et qui le demeurait.

Massial n’attendait pas de réaction de ma part. Il s’en alla dans le couloir. Ce fichu problème de genoux avait été difficile à gérer lors de la chute de Paris. L’homme blond devait à mon instar détester montrer le moindre point faible, or, dans le cas présent, il décidait par lui-même de se manifester. Une vraie saloperie. Aux souvenirs que j’en avais, ça devait également être douloureux. Depuis la première fois où le genou de Massial avait flanché, je me demandais quel pouvait en être le déclencheur. Avait-il eu un accident alors qu’il était plus jeune ? Était-ce une infirmité de naissance ? Qui était-il tout simplement et d’où venait-il ? Cet homme possédait beaucoup de zones d’ombre. En d’autres circonstances, j’aurais sans doute apprécié apprendre à le connaitre, mais l’occasion ne c’était jamais présenté. Une fois de plus, aujourd’hui, ne ferait pas exception.


Je me souvenais encore maintenant du dilemme que Massial représentait, suite à la découverte de ce problème.

Il lui était difficile de tenir sur de longues distances au pas de course que j’imposais au groupe. Son genou pouvant à tous moment lui poser problème. Quand est-ce qu’il flancherait ensuite ? Était-ce un risque que je pouvais laisser en toute conscience peser sur Eric ? Pourtant,… Pourtant, j’avais besoin de lui. De sa force. De son humanité. De son réalisme. En ces jours si sombres où les infectés ne cessaient d’augmenter, l’aide et le soutien de Massial étaient trop importants. Au moment où les crises de Massial ont montré le bout de leur nez en notre présence, la situation de Paris était plus que critique. Les autorités ou tout du moins ce qu’ils en restaient, commençait à vouloir prendre la menace des infectés en quarantaines au sérieux. Trop tard. L’armée était littéralement submergée, ne sauvant plus que sa peau et les hôpitaux crachaient plus d’infectés que de démons des portes de l’Enfer. Tout était perdu et fini pour une partie de la population. Pauvres guignols… À cette époque, nous suivions l’armée et il nous fallait maintenant passer un énième barrage pour ce faire. Avec les douleurs de Massial, ça devenait plus compliqué d’atteindre notre objectif, mais possible. Dans mes souvenirs, les regards que nous échangions avec Massial étaient lourds de sous-entendus l’un pour l’autre. Pourtant, même après ce dernier passage, nous sommes restés ensemble. Nous pouvions compter les uns sur les autres et c’était sans doute là le plus important.

Retrouver Massial me rendait nostalgique d’une époque où je pouvais compter sérieusement sur quelqu’un. Quelqu’un d’autre qu’Eric.

Visiblement, le groupe de récupération de Massial avait poursuivi son chemin. Était-ce une anticipation de l’homme blond ? Probablement. Il n’accepterait pas de faire porter un risque à tout un groupe. Surtout que les Humanistes n’étaient pas connus pour leurs capacités martiales et leur réactivité face aux événements imprévus et dangereux… Leur présence impliquait également que le reste de ses compagnons soit dans le coin. Mauvais pour eux s’ils tombent sur mes très chers collègues. C’est peut-être une chance que Massial et Calypso aient dû se cacher finalement.

Dans tous les cas, Massial s’activait : il balança dans l’armoire ce qui leur avait servi de lit avant de faire comprendre à la petite de prendre l’aérosol et un briquet qu’il avait déposé au sol. Les bruits de la rue commençaient à diminuer. Il fallait se bouger. Massial mit l’un des deux sacs qu’il avait au-dessus de l’armoire après s’être saisi d’une lampe torche et conserva près de lui le second. Il se retourna vers moi quelques instants.

« Je t’écoute. Si ça s’impose, sache qu’on a une sortie possible dans la pièce du fond et qu’un accès aux égouts se trouve à deux rues. »

Bon à savoir.

Mais si tout se déroulait selon ce que j’avais prévu, Massial et Calypso n’auraient pas besoin de se déplacer immédiatement. Il le ferait, mais il fallait d’abord éloigner les autres zigotos. L’homme blond alla vers la fenêtre.

« Pour le moment, si vous sortez d’ici, vous n’atteindrez pas cette échappatoire. Mes collègues sont surexcités. Ça fait un moment qu’il n’y a pas eu de bain de sang et ça leur manque. Croyez-moi, ils vont en profiter à fond. »

Je fis une courte pause, le temps d’ouvrir et de fouiller le sac délaissé de Massial. Il n’avait pas menti et visiblement, ses talents d’infirmiers devaient servir au sein des Humanistes.

« Avant de tomber sur vous, je poursuivais un homme. Il doit s’être caché dans le coin. Mais peut importe. Le plus important, c’est qu’il y a quelqu’un et qu’il est passé au travers des mailles du filet. Ça va attiser leurs instincts de chasseur. Ils ne vont pas résister à l’idée de traquer cette personne, qu’elle soit imaginaire ou non. »

Je souris. Il en fallait peu pour enflammer les gardes... Et il était certain qu’ils finiraient par tomber sur quelqu’un d’autre sur leur chemin.

« Je vais donc sortir et aller à leur rencontre. Leur faire miroiter ce qu’il désire et leur assurer que j’ai nettoyé le coin. J’aurais juste besoin de deux choses. » Courte pause avant de fixer intensément Massial. « Il me faut du sang. Que l’un de vous se coupe et m’asperge. » Je dégainais mon couteau de cuisine avant de le poser au sol. « Une bonne coupure. »

Il fallait que ça soit réaliste et je n’avais pas le temps de trouver un infecté.

« Calypso, il faudra que tu cries. De manière forte et stridente. Le plus possible. Une voix de gosse va les émoustiller. Commence dès que je te le dis.»

La gamine hocha la tête courageusement.

Les gardes évitaient de ramener la tête des gosses qu’ils tuaient. The Big Boss voyait d’un sale œil ce genre de pratique. Ça faisait mauvais genre et le Conseil refusait toute mauvaise publicité. Comme celle-ci. Je n’aurais donc pas besoin de me justifier sur l’absence de tête décapitée.

« Dès qu’ils seront partis, je ferrais le tour du coin. »

Je ne doutais pas sur mes capacités de persuasion. Les missions que me confiaient personnellement Big Boss ainsi que ma réputation acquise au sein du Deadly Struggle étaient connus de tous. Ils savaient en outre que me chercher des noises ou se mettre en travers de mon chemin se soldait par des « corrections » carabinées. Qu’ils viennent donc tâter de mes poings. Mes yeux brillèrent sauvagement d’anticipation.

« Dès que j’estime que la voie est libre, on se tire par les égouts. »

Si le genou de Massial refaisait des siennes, on fera avec. Il fallait qu’ils se tirent de là le plus rapidement possible. Et qu’ils vivent. Je ferrais tout pour.

« Si un évènement imprévu arrive, on improvise. Privilégiez le profil bas, cachez-vous, n’intervenez pas même si c’est quelqu’un de votre groupe qui se fait étriper. »

J’adressais ces paroles davantage à Calypso qu’à Massial.

Ce dernier devait en effet être un membre très important au sein de leur clan : rares était les personnes formées aux soins. Les actions héroïques à la Eric étaient proscrites. De toute manière, elle devait sans doute se rappeler les quelques épisodes où nous étions intervenus auprès de personnes extérieures à notre groupe. Cas typique : Eric entendait les cris d’une personne et se précipitait pour lui porter main forte et nous nous retrouvions dans de beaux draps. Ça ne s’était jamais bien terminé.

« Pas d’objections ? »

J’attendis leurs possibles remarques et questions. Massial prit ensuite le couteau et comme indiquer se fit une entaille dans le creux d’une de ses paumes. Bientôt, elle saigna abondamment. Dans un geste brusque, il m’éclaboussa. Il répéta son geste plusieurs fois. Je lui tendis mes mains équipées de mes poings américains pour qu’ils se tachent de sang également. Finalement, je m’étalais vaguement le fluide vermeil sur l’une de mes joues.

Je me tournais enfin vers Calypso qui arborait une mine décidée.

« Vas-y. Montre tes talents. Bien fort surtout. Finis en faisant un râle. Tenez-vous sur vos gardes ensuite et attendez mon retour. »

Elle se mit à beugler. D’abord par à-coup, puis de plus en plus rapidement avant de monter dans les aigus. J’en profitais pour taper dans les murs, histoire de faire un maximum de bruit.
Des éclats de voix se firent entendre.

J’adressais un signe appréciateur à la performance de Calypso avant de sortir au pas de course.

Les trois agents de sécurité étaient dans la rue et regardaient d’un air soupçonneux la devanture du magasin.

Me voyant sortir, ils se raidirent sensiblement. Ils m’avaient reconnu.

« Bordel, c’était un gosse ça ? »

Je haussais des épaules. Ma lame rougie dans ma main, gouttait tranquillement, répercutant un son mat en écho dans le silence ouaté du brouillard. Cette atmosphère était oppressante. La tension palpable rendait sérieux les trois hommes face à moi. Deux d’entre eux tenaient par les cheveux une tête tranchée. L’une était toute fraiche. Une femme. Je désignais cette dernière.

« Sa mère sans doute. »

L’homme la tenant me la balança dans les mains, son sang se mêlant à celui de Massial. Elle me regardait de ses orbites vert vides et vitreux, un rictus d’épouvante indicible à jamais gravé sur ses traits.

« Oui, c’est ça. Les mêmes yeux. » Je jetais alors un œil aux alentours avant de reprendre. « Vous n’auriez pas aperçu un homme ? »

Les trois hommes se fixèrent une demi-seconde avant de répondre par la négative.

« C’est lui qui m’a mené ici. J’étais avec Annaëlle. Vous la connaissez ? »

« Ouai, lui, il est en chien sur elle. »

« Mais putain, ferme ta sale gueule de négro ! »

Le troisième ricana.

« Je vais t’exploser ta tronche ! »

« La ferme. » Fis-je revèche.

Ils se turent et reportèrent leur attention sur moi.

« Bref, il nous a semées et on s’est séparé. J’ai suivi des traces jusqu’ici et l’ai vu au loin. Mais pour le moment rien. Il m’a l’air de bien connaître le coin. C’est peut-être notre homme. Imaginez celui qui mettra la main dessus. Big Boss en ferait un homme riche... Il faut que je le retrouve. »

« Pour sur... Ptet même un crédit illimité pour le New Born ? T’imagines, j’pourrais me taper toutes les putes quand j’voudrais. »

« C’est ça dans tes rêves ! Faut déjà qu’on le retrouve et avec cette purée de pois, ce n'est pas gagné ! »

« Tu l’as vu se diriger où ? »

« Il semblait suivre cette rue. » Lui répondis-je en montrant la rue s’étendant sous la fenêtre où c’était réfugié les deux Humanistes. « Venez, il n'y a plus rien dans le coin, ni zombies, ni vivants. »

« Ouai, on a vu et entendu. Mais putain t’as les couilles de buter des gosses ? »

Je lui balançais un regard mauvais et haussais les épaules.

« Gamin ou pas, on doit tout trucider. Pas de place aux états d’âmes. »


Ils déglutirent, visiblement mal à l’aise face à la menace implicite.

Il fallait suivre les ordres. Sans attendre, je m’avançais dans la direction supposée de notre fuyard. Ils me suivirent très vite en restant derrière moi.

« Vous êtes de quelle équipe ? »

« La cinq. On fait pas grand chose. Normalement, on ne devrait pas être envoyé sur le terrain. C’est la huit qui aurait dû venir. Mais ils sont coincés en mission baby sitting d’un convoi. Toi t’es de la une, c’est ça ? »

J'acquiesçais.

« T’es incroyable au Deadly ! On essaie de venir dès qu’on apprend que tu y vas. »

Je le jaugeais du regard me disant qu’ils avaient très certainement autre chose à foutre comme s’entraîner que d’aller au Deadly sans participer. Un mouvement dans le lointain nous stoppa tous. Ils restèrent là sans oser bouger me fixant comme s’ils attendaient mes ordres.

« Vous allez bouger vos culs oui ? » Lançais-je haineusement.

Ils n’attendirent pas leur reste et se précipitèrent à la poursuite du type.

Et voici donc de récentes recrues... Ils étaient encore plus cons qu’avant... L’équipe numéro cinq... Absolument pas les caïds des gardes. Le pire, c’étaient ceux de la deux, la trois, la six, la sept et la dix. Fous, violents, sadiques. Les bons gros bourrins de la Citadelle. Les trois hommes étaient plus qu’inoffensifs. J’avais eu de la chance. En plus, ils ne s’étaient même pas retournés... En soupirant, je revins sur mes pas et me mis à passer de recoin en recoin, vérifiant qu’il n’y avait plus personne. À part quelques infectés, la voie était libre. Je revins vers le magasin, sans me préoccuper de la tête que j’avais trimballer jusque-là.

Tout n’était plus que silence. Des pans de brume s’étiraient paresseusement sur les bâtiments aux alentours. Le brouillard était maître en ces lieux. Il n’avait pas à lutter ou à montrer sa suprématie. Il était là et pas le moindre souffle de vent n’était là pour le menacer.

Les volutes grises dessinaient au grès de mon imagination des silhouettes floues.

Massial, Calypso, Eric et moi... Notre périple, nos désillusions, nos coups de gueule et nos victoires.




Une pointe de tristesse s’insinua en moi, bien vite balayée par la nécessité de me préoccuper du présent et non plus des fantômes du passé.







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