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Bribes de vie à l'aube de l'épidémie [PV. Massial Jordan]

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Jeu 29 Déc - 0:19
Lundi 30 août 2021
Trop de lourds, c’est lourd !





C’était un lundi soir comme un autre. Un lundi soir de vacances. Un lundi soir passé à la caisse d’un petit fastfood, à servir des clients mécontents, des clients dragueurs, des clients agacés, des clients lourds, des clients indécis, des clients énergiques, des clients mous, des clients… bref, tous les gens du coin qui, en rentrant du travail, ont eu la flemme de se préparer un encas et sont venus prendre un sandwich.

Alice tendit son plateau à la jeune fille qu’elle venait de servir et attendit que le client suivant, un homme d’une quarantaine d’années, approche. Malgré l’heure tardive, il y avait encore pas mal de monde qui attendait d’être servi.

- Bonsoir Monsieur, que puis-je faire pour vous ?

Elle le gratifia de son plus beau sourire, même si elle savait que cet homme était à classer dans la double catégorie des mous et des indécis. Quelle déveine. C’était toujours sur elle que ça tombait ! D’un autre côté, à la caisse voisine, sa collègue Caro n’était pas plus gâtée, avec la commande de 12 menus pour un groupe de jeunes agités. Du coin de l’œil, Alice la voyait s’affairer. Elle avait le temps, pendant que son client à elle se décidait, revenait sur sa décision, posait des questions – les mêmes que d’habitude – puis changeait encore une fois sa commande.

[client] « Donc, si je prenais le menu 6, ça serait…. Ah, ou sinon… »

- Le menu 5 ? Avec double frite ?

Simple, rentable pour tout le monde, rapide à servir, et que le client allait aimer. Après tout, il l’avait pris pas moins de 5 fois sur ses 10 dernières visites, quand il ne testait pas une nouveauté qui ne revenait pas particulièrement dans ses commandes principales. A force, Alice avait fini par connaître un peu ses goûts…

Un petit sourire tout mignon accompagna ses paroles ; d’Alice se dégageait un halo de douceur et de candeur.

[client] « Oh, oui, c’est une très bonne idée ! Je vais prendre ça, ma jolie ! Aussi maline que mignonne, ahah, tu dois avoir du succès auprès des petits jeunes ! »

Et bim ! Objectif atteint. Monsieur Indécis savait quoi prendre. En le classant finalement dans la triple catégorie des mous-indécis-lourds, elle valida la commande et commença à le servir.

Et la soirée continua de passer… Alice continua de servir les clients sans se départir de son joli sourire. Elle prit une courte pause pour aller boire un peu d’eau dans la salle de repos et échanger quelques mots avec une collègue, puis elle acheva son service avec entrain. Comme trois fois par semaine, elle devait faire la fermeture. En soit, ça ne la dérangeait pas. Elle n’était pas du genre à se coucher tôt, et elle était en vacances. Ca lui permettait de rapporter un peu d’argent à la maison. Elle ne voulait pas dépendre entièrement de Daniel, qui avait déjà bien assez de mal à trouver un travail : il cherchait des choses trop spécifiques et, même s’il avait les compétences, il n’avait pas forcément tous les diplômes demandés… Alors tant qu’elle pouvait travailler, elle travaillait. Elle en dépensait une petite partie pour le quotidien (de la nourriture…) et une autre partie pour elle-même (des fringues, du maquillage, des chaussures, des magasines de mode, des bouquins de droit…) et mettait le reste de côté en cas de coup dur. Bon, ok, il n’en restait pas beaucoup, mais petit à petit, c’était déjà ça !

Une dernière vérification, tout était bon. Alice pouvait partir. Elle regarda par la vitre en soupirant. La nuit était tombée, en même temps que la température. Mais le pire, c’était cette petite pluie d’orage… Elle n’était pas très forte, mais elle était très désagréable. Et évidemment, Alice n’avait pas son parapluie. Tant pis, son étole sur la tête et autour des épaules l’abriterait un peu. Elle n’habitait pas très loin. Dans quelques minutes, elle retrouverait son frère, planté devant son ordinateur comme toujours. Elle lui dirait qu’elle est rentrée, il lui répondrait un vague « hm hm » ou se contenterait d’un signe de tête sans cesser de fixer son écran et continuerait de hurler des ordres incompréhensibles dans son micro. Quant à elle, elle se vautrerait sur le canapé pendant un moment avec son téléphone, à regarder l’activité de ses contacts sur Facebook, à jouer à Candy Crush, à lire des articles sur ses stars préférées, à regarder des photos, quelques vidéos sur Youtube...

Elle passa négligemment la bandoulière de son sac au-dessus de sa tête, sortit, ferma la porte correctement. Avec sa mini-jupe, son top rose et ses bottes, Alice n’était probablement pas habillée de la meilleure façon possible pour une sortie à une heure aussi tardive, dans un tel quartier. On lui avait souvent fait la remarque, mais elle n’allait pas changer de style pour autant. Elle n’était pas provocante, elle n’était pas vulgaire, alors les remarques, elle ne les écoutait pas. Elle connaissait le quartier, il n’était pas plus dangereux qu’un autre. Ce n’était pas parce qu’il avait une mauvaise réputation, que certaines rues était un peu glauques et que les habitants étaient loin d’être fortunés que c’était forcément tous des sales types. Quand aux problèmes qui jaillissaient un peu partout en Europe et dont les médias étaient friands, c’était bien trop lointain, bien trop aberrant pour faire un jour partie de son quotidien, non ?


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Massial Jordan
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Jeu 19 Jan - 16:25
K.O.

Un cri couvrit partiellement la voix

« HA ! HAAA ! NOON !! Hey ! Cette fois, c'était à un poil de cul là ! Revanche ! » protesta Lou en bondissant du canapé.

Un éclat de rire secoua l'étudiant en médecine qui s'emparait de la canette rouge posée devant lui pour prendre deux longues gorgées du célèbre soda sombre, s'écartant un peu lorsque son ami fit entendre son désaccord à grands renforts de gestes amples.

« Nan nan, je laisse le tour à Daniel, on a convenu que je dois aller chercher Alice après celle là. »

Se levant souplement, Massial s'empara du parapluie sorti un peu plus tôt par le frère de la jeune fille, au moment où le bruyant perdant s'avachissait, s'allumant une clope.

« Georges passe sûrement tout à l'heure. On est bien ok que tu bédaves pas ? »

« Ouais. »

« Non, mais sérieux. »

« Ouais. C'est okay, maintenant, je te dis. Respire. Arrête de radoter... J'en roulerai pas. » baragouina le mannequin en refilant une manette au frère d'Alice.

« Hm. »

Massial referma la porte de l’appartement au moment où une nouvelle partie se lançait.
Déroulant ses écouteurs, il alluma le mp3 glissé dans la poche de son vieux jean troué, ses doigts effleurant au passage ses clefs, alors que dans sa poche arrière ils auraient rencontré son vieux balisong… toujours fidèle au poste, malgré un chemin de vie devenu radicalement différent de celui des années difficiles. Rien n’avait trop changé en plusieurs mois, ici. Même la petite vieille du deuxième le regardait aussi mal et bizarrement, mais on lui avait assuré qu’il n’était pas une exception. Elle l’avait toujours pris pour un voyou lorsqu’ils avaient créché dans le petit f2 voisin, pendant quelques temps avec Georges, en attendant que l’armurerie de L.A se vende et que leur vie en France s’organise tout à fait. Ça semblait toujours être le cas. Cette pensée l’amusa et il glissa un écouteur dans son oreille avant d’ouvrir le parapluie en s’aventurant dans la rue nimbée par la lumière artificielle des réverbères.

Un seul écouteur… Peut-être vestige « d’avant », mais se couper entièrement de son environnement extérieur était resté quelque chose qu’il évitait.

La vache. Ça s'était rafraichi. Et ce n’était pas plus désagréable que ça, à vrai dire. Le temps lourd des derniers jours tournait à l’orage. La chaleur écrasante de l’après-midi avait cédé la place à plus respirable. Dire qu’ils avaient dû faire des travaux dans la journée. Puis Lou qui était de passage en ville l’avait attrapé en fin d’aprem avant d’aller s’échouer un moment chez Dan. Finalement, ils n’avaient plus bougé leur cul de là. Comme avant.
Et comme avant… Le voilà reparti à aller récupérer son ancienne voisine. Sa jolie, rigolote, et trop bavarde Alice. La seule fille qu’il connaissait, à les avoir menacé avec des chaussures à talon à la main.

S’en souvenir lui arracha un sourire. Passant quelques musiques sans regarder réellement, il arrêta son choix au hasard… Metallica ? Linkin Park ? Nirvana… ? … ? Ah, non… Sa tête se mit à bouger légèrement au rythme de Guns N’ Roses.

Ses yeux se promenèrent sur la rue familière et ses lèvres mimèrent les paroles entendues. Lorsqu’il y vivait temporairement, on lui avait rapidement fait un petit topo de la réputation du quartier… mais le jeune homme n’avait jamais eu de problème notable avec les types du coin. Le seul problème remarquable était venu d’un type venu récupérer une ex, dans leur immeuble. Et… ça c’était une autre histoire… Pourtant, malgré le calme relatif du secteur, Massial n’aimait pas tellement savoir une fille ou une femme de son entourage rentrer seule, à ces heures. Peu importe le secteur, en réalité. La pluie était un bon prétexte.

« Merde. »

C’est en distinguant la silhouette en question deux rues plus loin que Massial pressa le pas, jetant un regard à sa montre. Bah, oui, mais non, forcément… L’abruti ! Avec la pluie, les gens sortaient moins, alors la fermeture avait dû être plus rapide que prévue ! Il aurait dû s’en douter mais, ça, l’idée ne l’avait même pas effleuré avant d’apercevoir l’étudiante en droit.

« Quoi ? » rit-il à l’expression surprise de la brune en se dépêchant de lui proposer l’abri du parapluie et en retirant son écouteur. « Je passais par là, par hasard. Non, ce n’est pas crédible ? »

Bon, évidemment, elle ne marchait pas.

« Nan, on est passé tout à l’heure et on squatte depuis avec Lou. On décollera, si ça te prend la tête. Mais en attendant… »

Amusé et moqueur à la fois, il lui proposa théâtralement son bras.

« Pas trop de lourds, aujourd’hui ? Et Sana et le patron vont toujours bien ? »

Ça faisait combien de temps qu’ils ne s’étaient pas revus, en dehors d’un sms, un appel, ou du blabla via écrans interposés ? Pourtant… C’était comme si, la semaine passée, il passait encore la récupérer à la sortie et qu’ils communiquaient encore en toquant au mur commun entre les deux logements. Comme s’il utilisait encore régulièrement des boules quies lorsqu’elle mettait la musique trop fort en journée ou qu’elle venait frapper énergiquement à la porte lorsque le métal et autres groupes qu’il écoutait lui tapait sur les nerfs.

Tout en écoutant Alice parler, aussi énergique qu’à son habitude, le regard de Massial se posa sur la silhouette d’un homme partiellement dissimulé, filmant dans le renfoncement d’une porte de l’autre côté de la rue. Ses sourcils se froncèrent légèrement.

Ah nan, pas les vidéos à la con qui circulaient ces derniers temps et envahissaient la toile. Ça puait la blague foireuse à plein nez. Il fit abstraction des paroles de son amie. Ses yeux sombres balayant la rue et la rangée de voitures garées le long du trottoir. Il y avait 4-5 ans, les gosses avaient Pokémon Go pour tromper l’ennui d’un été trop long et marcher comme des glands le nez dans leur téléphone. Cette année les jeunes cons, et moins jeunes, avaient une soit disant épidémie zombie comme divertissement (vivement la reprise des cours, hein ?). Depuis deux semaines, l’internet se retrouvait littéralement envahit de vidéos faisant le buzz, allant des plus réussies et gores aux blagues les plus foireuses et ridicules, souvent commentées par des voix peu charismatiques. Les premiers cas signalés d’une sorte de… de rage… avait foutu un bordel monstre sur les réseaux.

Et pas que… Pas que… Au rythme où ça allait, les flics du coin allaient devenir ses nouveaux copains, puisque ça faisait déjà deux nuits depuis début août que l’alarme de l’armurerie se déclenchait, si bien que Jimmy songeait à en renforcer les installations de sécurité. Bref. La merde. Comme la blague « de merde » que le blond sentait venir à 3 kilomètres à la ronde. En désignant le type d’un signe du menton, il fit passer la sœur de Dan côté mur.

« C’est bon, vous êtes grillés, les mecs, faites pas chier. »



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Dim 22 Jan - 19:47



Alice s’apprêtait à rentrer trempée chez elle, à se vautrer sur le canapé en laissant tomber ses chaussures dans un coin et à végéter un moment, avant d’aller prendre une bonne douche bien chaude, comme si elle n’avait pas eu assez d’eau dans la soirée. Un plan presque parfait, mais qui changea du tout au tout... Et ce n’était pas pour lui déplaire !

Un abri au-dessus de sa tête, un rire… Alice fut d’abord surprise de voir Massial ici ; puis son sourire s’étira sur ses lèvres. Elle était à la fois ravie de le voir, contente d’avoir un abri et amusée par l’excuse foireuse qu’il lui avait sortie. Il passait là par hasard, mais bien sûr ! Alice rit en secouant doucement la tête en guise de réponse négative. Non, non, ce n’était absolument pas crédible, mais ça ne retirait rien à la charmante attention. Bien au contraire.

« Nan, on est passé tout à l’heure et on squatte depuis avec Lou. On décollera, si ça te prend la tête. Mais en attendant… »

Lou aussi était là ?! Ca devait être animé, à l’appartement. Dany n’était probablement pas en train de faire un donjon, sa guilde allait râler. Surtout le vieux grincheux de Laz. Alice avait oublié son pseudo complet, Dany ne l’appelant quasiment que par ce diminutif ; et elle connaissait encore moins son vrai nom. De toute façon, ça ne l’intéressait pas.

- T’es bête ! Tu seras toujours le bienvenu ! Je suis trop contente que tu sois là !

Elle sourit et lui prit le bras offert, se serrant un peu plus que nécessaire contre lui. Bah quoi, le parapluie n’est pas immense, et autant être tous les deux à l’abri ! Appuyant sa tête contre le bras du jeune homme, la jeune fille ne se départait pas de son sourire.

« Pas trop de lourds, aujourd’hui ? Et Sana et le patron vont toujours bien ? »

Alice décolla sa tête du bras de Massial à la première question, puis se radoucit à la seconde. Elle regarda le jeune homme en répondant :

- Des lourds, y’en a toujours ! Mais on s’en fiche, je vais pas râler sur ma journée, t’es là ! A part ça… Sana est un peu… indisposée ces derniers temps. Elle n’en parle pas trop, mais je pense qu’elle va bientôt nous annoncer une bonne nouvelle. Enfin, je me trompe peut-être hein, mais bon. Intuition féminine on va dire ! Quant au patron, il est… fidèle à lui-même.

Elle rit. Ca, ça voulait tout dire. Le bien, comme le moins bien. Elle l’adorait – elle ne travaillerait plus ici sinon – mais il pouvait être pénible parfois, avec horaires de travail. Et il lui arrivait toujours d’avoir des idées foireuses, comme le mois dernier, quand il avait décidé de virer le placard de la salle de repos pour en mettre un nouveau avant de constater que celui qu’il avait commandé était trop grand pour l’espace dont ils disposaient. Mais comme ça partait d’une bonne intention et que son expression était hilarante, c’était dur de lui en vouloir. Alice eut un petit sourire amusé en repensant à ce jour où elle avait voulu entrer dans la salle de repos pour se préparer et que le meuble venait d’être livré : elle l’avait trouvé en biais, bloquant en partie l’ouverture de la porte, limitant tout mouvement à l’intérieur de la petite pièce et, en face, le patron qui le fixait avec un air benêt comme si ce n’était pas évident que le meuble faisait bien 30 centimètres de trop.

Alice était de bonne humeur. Elle avançait tranquillement au bras de Massial, souriante. Ca faisait du bien, une soirée comme ça, loin de la routine du quotidien et de la morosité des soirs de pluie dans un quartier loin d’être des plus mignons. Elle en oubliait la pluie, l’heure tardive, le froid. Elle aurait pu rester des heures à cheminer en bavardant.

Mais le regard de Massial sembla accrocher quelque chose au loin. Visiblement, pas une perspective joyeuse. Alice regarda dans la même direction, un peu inquiète, pour apercevoir une silhouette qui ne lui semblait pas dangereuse pour un sou. Mouais. Pourtant, Massial semblait sérieux ; il la fit même passer de l’autre côté de lui, côté mur. Alice n’aimait pas ce sentiment d’insécurité qui en découlait. Elle aurait pu aussi s’offusquer : ce n’est pas toujours aux garçons de défendre les filles, il y en a marre de véhiculer encore ce sexisme de « la faible fille »… mais en les regardant, c’était dur de penser différemment. Et puis, c’était flatteur de se faire protéger comme ça par un charmant jeune homme.

« C’est bon, vous êtes grillés, les mecs, faites pas chier.  »

Seul le silence lui répondit. Alice était tendue. Sans la réplique de Massial, elle aurait laissé couler cette histoire et aurait continué d’avancer tranquillement, oubliant déjà cette rencontre. Elle était plutôt confiante de nature ; elle vivait dans ce trou depuis un moment déjà, et il ne lui était jamais rien arrivé. Pourtant, vu son allure…

Alice déglutit légèrement quand, quelques instants plus tard, un frottement sur le sol se fit entendre. Comme un pas lent, de quelqu’un qui ne lève par bien les pieds. Et, au détour d’une rue, deux silhouettes difformes approchèrent. Ils avaient les jambes tordues, le buste en avant, les bras ballants qui s’agitaient parfois bizarrement, la démarche lente et saccadée, le teint digne d’un film d’horreur à petit budget et un air abruti sur le visage.

Mais le pire dans tout ça, c’était qu’elle avait sursauté, la miss Alice ! Et dans un réflexe de survie, elle avait brandit sa bombe lacrymogène et l’avait vidée sur les assaillants en criant. Un cri, une toux, des protestations lui répondirent. L’air humide ne les aidait pas à faire passer plus vite de mauvais moment.

- Non mais, sérieux, vous êtes idiots ou quoi ?! Faut vraiment être débile pour faire une blague comme ça ! Ca vous mène à quoi ? C’est même pas drôle, et ça aurait pu être dangereux ! Sérieux, imaginez, j’aurais eu un flingue au lieu d’une bombe lacrymo quoi. Et puis, même, franchement, tu t’crois malin comme ça ?!!

Elle accompagna sa phrase en s’agitant pour mimer un zombie qui, le pauvre, tenait probablement plus de l’orang-outan que de l’humain. Et c’est avec plus de calme et une lassitude affichée qu’elle continua, en rangeant négligemment son spray dans son sac à main.

- Nan, mais les gars, vous frottez pas les yeux comme ça… Ca va juste empirer. Barrez-vous, mouchez-vous, crachez, comme ça vous évacuerez les produits toxiques. Et puis surtout, disparaissez de là ! Allez, viens, Massial, laisse-les, c’est juste des crétins !

Elle termina en adressant un sourire charmant au jeune homme et en lui reprenant le bras comme si rien ne s’était passé tandis que les faux zombies s’en allaient.


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Massial Jordan
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Dim 26 Mar - 23:35
Seul le silence lui répondit, suivit de sons traînants sur le sol et un soupir passa ses lèvres avant qu’il n’entraîne Alice plus avant. Elle ne semblait pas rassurée. Lui si… Un brin agacé, mais le frottement audible semblait confirmer le lien avec les conneries actuellement sur le net. Au moins, c’était inoffensif, à ce niveau.

Ah, oui, quand même… Assez pitoyable. C’est globalement ce qui lui passa par la tête à la vue des deux beaux spécimens qui émergèrent sous leur nez. Pas vraiment du grand art. Mais au moins, ce n’était que ça. Une blague bas de plafond, maintenant qu’il l’avait sous le nez, il pouvait en être assuré. Un rictus moqueur passa sur ses traits, alors que Massial s’apprêtait à les écarter. C’était sans compter sur Alice. Son cri. Et sa bombe au poivre copieusement vidée.

Un cri. Une toux. Des protestations. Un rire. Le sien. Difficilement contenu. Nom de Dieu. Difficilement contenu, mais qui ne le resta pas alors que sa bavarde professionnelle se lançait dans une leçon de morale en singeant les deux inconnus avec une classe discutable. Amusé, Massial attrapa tout de même le bras de son amie pour lui faire comprendre de ne pas trop en rajouter non plus et la calmer, prêt également à l’écarter si les farceurs s’agaçaient.

« Nan, mais les gars, vous frottez pas les yeux comme ça… Ca va juste empirer. Barrez-vous, mouchez-vous, crachez, comme ça vous évacuerez les produits toxiques. Et puis surtout, disparaissez de là ! Allez, viens, Massial, laisse-les, c’est juste des crétins ! »

« Le mieux serait surtout de rentrer, de se débarrasser des fringues prendre une bonne douche et de vous rincer abondamment les yeux. »

S’éloignant avec elle en s’assurant que les autres faisaient de même, après quelques pas il s’accorda un rire plus franc en se remémorant la scène.

« On en reparle de ton cri de guerre ou… ? » l’embêta-t-il, s’arrêtant sur un « outch » rieur en se recevant un léger coup dans les côtes.

Terminant le trajet avec elle, ils chahutèrent un peu avant que le calme retombe, peu avant d’atteindre l’immeuble.

« Si ça se confirme, tu me tiendras au courant, si tu veux faire quelque chose pour Sana. »

Tout en parlant, le blond secoua le parapluie, à l’extérieur une fois à l’abri avant de prendre les escaliers.

La porte s’ouvrit sur un Lou en pleine commande de pizza. Il laissa Alice raconter son œuvre, elle qui mimait si bien, et ils en rirent un moment, le reste de la soirée se passant tranquillement autour d’un film et d’une humeur bon enfant, où ils prirent bien soin de maintenir aux opposés Georges et l’étudiante en droit, afin que le premier ne tente de la faire taire en l’écrasant et la seconde de lui faire avaler l’une de ses bottes.

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Massial Jordan
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Lun 27 Mar - 0:11
Paris, Samedi 4 septembre 2021

__________ Le début du cauchemar __________



Un déclic. Les couleurs chaudes d’une flamme se reflétant insolemment dans les iris brunes de Georges, éclairant brièvement son visage mal rasé et ses cheveux courts ébouriffés. Insolente et captivante séductrice à la chaleur envoûtante qui s’éteignit aussi vite qu’apparue après l’embrasement.

Un regard à sa montre et les yeux de l’étudiant se fermèrent un instant, sur la place arrière en écoutant Alice et son cousin bavasser calmement. Ce qui n’était pas un mince exploit, sachant que ces deux là pouvaient se comporter comme chien et chat.

3h47…

Mettant la main devant la bouche, Massial étouffa un bâillement en repensant à l’appel de la brune en pleine nuit avant de s’appuyer plus confortablement contre la portière. Dany emmerdé, le mec devant le déposer à l’aéroport ayant un empêchement. Georges avait accepté de faire le taxi, à condition qu’il ne le laisse pas seul avec « la piplette ».
A l’heure qu’il était, le frère d’Alice était maintenant dans l’avion et avait probablement décollé. Lorsque le blond avait entendu parler de ce stage sur un autre continent, il en était à peine revenu. Ce n’était pas rien. Et de la part de Dan, qu’ils peinaient déjà à sortir plus loin que la boutique d’informatique, c’était un saut dans l’inconnu encore plus saisissant.

Il rouvrit un œil, en captant un bout de conversation, concernant le départ d’un autre de leurs amis à cause des cas d’infections s’étant multipliés. Tabris.
Penser à l’autre étudiant et au souvenir de leur dernière virée tous ensemble lui arracha un sourire. Lou, Tabris, Alice, Dan, Georges et lui… En pensant à ce gars, Massial ne pouvait s’empêcher de se rappeler le soir, où ils étaient partis tous ensemble sur un coup de tête dans la voiture neuve de son camarade en médecine. Ils avaient roulé de nuit jusqu’à la plage la plus proche pour y passer le weekend avaient dormis dans le véhicule, plus serrés que des sardines en boite après s’être gelés les miches en tentant la belle étoile pour certains et avait ramené autant de sable dans leurs fringues que de coups de soleil et d’éternuements. Mais qu’est-ce qu’ils s’étaient marrés…

« Mon oncle aussi s’prend la tête avec ces histoires. » déclara la voix grave de Georges, laissant chanter un fond d’accent.

« Mon père se prend la tête avec tout ce qu’il peut… mais surtout pas de trop près. Tu es bien placé pour le savoir. »

Mis à part lorsque ça concernait le travail. Ses parents avaient bien ça en commun, malgré le divorce. Des passionnés. Des bourreaux de travail. Et pas franchement le temps pour autre chose.
Georges approuva d’un signe de tête et tira une nouvelle bouffée, l’odeur du tabac se dilua avec celle du désodorisant. Le même depuis des siècles, il lui semblait. Jimmy n’aimait pas le changement de certains détails. Comme cette paire de dés se balançant au rétro depuis aussi loin que Massial se souvenait, peu importe la caisse.

Se redressant, Massial s’étira souplement avant de mieux se caler dans son siège. Merde… Bien que les cours n’aient pas encore repris, la journée avait quand même été assez chargée. Se passant une main sur le visage, ses yeux plongèrent à travers la vitre baissée, le vent nocturne sifflant par-dessus la musique de fond habitant le véhicule et caressant sa peau légèrement hâlée de fin d’été, et s’insinuant dans ses cheveux désormais à mi chemin entre le mi-court et le mi-long, les balayant de manière désordonnée. Les routes de la région endormie défilaient, transpercées par les phares agressifs de la berline noire. Inlassablement. De plus en plus familières. La voiture sombre dépassa un véhicule banal et son regard cobalt, songeur, admira l’espace d’un instant l’éclat des réverbères se reflétant sur la carrosserie métallisées en suivant harmonieusement les courbes.

« Sinon ça fait quoi de te dire que tu vas avoir l’appartement pour toi toute seule ? »

« Ça sent les soirées pyjamas… »

« Oh merde alors. Ahahah ! On a échappé à ça ! »

Les deux gars ricanèrent bêtement aux souvenirs des mois passés en tant que voisins d’Alice et Dan. Non, parce qu’entendre des filles chanter faux pendant des heures, c’était quand même une épreuve qu’ils avaient connu. Ils s’étaient parfois pris la tête mais, globalement… les mois de voisinage laissaient de bons souvenirs et de quoi bien rire avec le recul.
Cette période n’avait pas été simple pour lui. Être éloigné de son oncle et d’Hayden le temps que les choses s’organisent avait été compliqué psychologiquement. Plus qu’il ne l’aurait cru derrière sa bonne humeur apparente.
C’était peut-être elle, au fond, qui avait facilité le rapprochement, et avait un peu adoucit l’arrivée en France ensuite. Les sourires et l’entraide facile s’étaient naturellement installés entre les jeunes gens, faisant suivre une bonne entente, puis une amitié.

La voiture se stoppa à un feu rouge, la couleur agressive dans l’obscurité lui rappela le sang trop souvent visible à une époque maintenant balayée. C’était terminé tout ça. Des histoires d’une autre vie. Un océan les séparait maintenant. Maintenant, il était le gentil voisin ou camarade de classe, au travail sérieux, sympa et inoffensif… ou presque…

« Bon, Princesse, si t’as un pépin, on a dit à ton frangin que… » commença Georges à l’approche de la rue de leur passagère. « Que tu peux nous contacter… C’est quoi ce délire ? »

Le véhicule s’immobilisant à nouveau, les regards des deux hommes se portèrent au-delà de la barrière barrant l’accès à la rue souhaitée, alors qu’au-delà des gyrophares donnaient à l’endroit des allures irréelles. Voitures de police, ambulance… Entamant une marche arrière, le brun gara le véhicule où il put avant de se détacher.



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Lun 27 Mar - 21:47



Daniel était parti. Et Alice retournait tranquillement à l’appartement avec ses anciens voisins. Heureusement qu’ils étaient venus, sinon Daniel n’aurait jamais pu s’envoler pour les Etats-Unis ! Cet idiot de Yaourt – rien que son pseudonyme était débile, le pauvre – avait appelé au dernier moment pour les prévenir qu’il ne pourrait pas accompagner Daniel à l’aéroport. C’était Daniel qui avait répondu, mais Alice lui avait rapidement pris le téléphone des mains pour râler. Son frère était trop mou, des fois ! Monsieur Laitage lui faisait faux bond, et il ne râlait même pas. Alors elle avait crié un bon coup, elle avait râlé un bon coup, puis elle l’avait laissé s’expliquer et elle s’était calmée. On ne pouvait pas lui en vouloir d’avoir dû accompagner sa fille de 8 ans aux urgences dentaires, la pauvre petite ! Mais bon... c’était trop mal tombé !

L’avion devait avoir décollé maintenant... Assise sur la banquette arrière, à côté d’un Massial somnolant, la jeune fille bavardait tranquillement avec Georges, pour passer le temps. C’était une conversation calme et assez banale. Ils évoquaient des souvenirs, parlant de tout et de rien. La conversation se faisait toute seule. C’était comme quand elle partait en virée avec eux, d’une certaine manière. Le plus étrange était le fait qu’elle parle sans se chamailler aveccet interlocuteur ! Enfin, elle l’aurait sans doute gentiment embêté s’il n’avait pas été le conducteur, si ce n’était pas le milieu de la nuit et si son frère ne venait pas de partir.

Sans cesser de bavasser avec Georges, Alice attrapa son téléphone portable et envoya un sms rapide à Yaourt. Juste un petit mot pour le prévenir que Daniel avait pu prendre son avion et pour prendre des nouvelles de la fillette.

Alice a écrit:
C’est bon, il est parti ! J’espère que ça va pour la petite !

Ils n’avaient pas l’habitude de bavarder tous les deux, mais Daniel avait insisté pour qu’elle ait les numéros de tous ses amis en son absence. Au cas où elle ait un souci et que l’un d’eux puisse l’aider ou pour qu’elle puisse les prévenir si lui avait un souci… Ou tout simplement au cas où elle avait envie de parler avec eux. Bah oui, à force de les entendre via l’ordinateur, elle avait fini par sympathiser avec certains d’entre eux, après tout…

La jeune fille garda le téléphone dans ses mains en attenant la réponse. L’appareil ne tarda pas à vibrer. Alice regarda rapidement le message reçu mais ne chercha pas à le lire en entier.

Yaourt a écrit:
0N 357 3NC0r3 3N 7r41N D4773NDr3 D4N5 14 54113 D4773N73 11 Y 4 P45 M41 D3 M0ND3 C357 47r0C3 135 Ur63NC35 3N 70U7 C45 J3 5U15 r455Ur3 D3 54V01r QU3 70N Fr3r3 N4 P45 r473 50N 4V10N J3 M3N 53r41 V0U1U 51N0N

Même si là, c’était encore à peu près compréhensible (surtout par rapport au premier message qu’il lui avait envoyé), Alice n’était pas très motivée pour faire des efforts de déchiffrage. Si Yaourt avait pris le temps d’écrire son message tordu, c’était que ça devait aller à peu près bien, non ? Et c’était le principal. Elle rangea son téléphone et sourit, reprenant la conversation qui animait doucement la voiture.

« Sinon ça fait quoi de te dire que tu vas avoir l’appartement pour toi toute seule ? »

Quelques temps plus tôt, elle aurait sans doute crié sa joie, bras écartés théâtralement, avec un joyeux « indépendaaaaaaaance ! » retentissant. Ou elle aurait entonné un énergique « Libérééééée, délivrééééée » pour plaisanter. Parce que son frère n’était pas un poids lourd à porter. Même s’ils se chamaillaient, ils s’adoraient. Sinon, elle n’aurait jamais décidé de le suivre à Paris.

Mais là, nous étions dans un autre contexte. Alice n’était plus une adolescente, et la question n’était plus rhétorique… Elle était ancrée dans la réalité, et c’était une bonne question… Ce n’était pas la première fois qu’Alice était séparée de son frère, mais en général, c’était elle qui s’absentait, que ce soit avec ses voisins ou avec d’autres personnes. Ca allait être la première fois qu’elle aurait l’appartement pour aussi longtemps. Ca lui était déjà arrivé de l’avoir deux jours, quand son frère était allé à une convention sur les jeux vidéos, et elle en avait profité pour inviter plein de copines à une soirée pyjama et Disney. Mais pendant plusieurs mois…

Alice avait encore un peu de mal à le réaliser. C’était tellement improbable. Ce stage était une tellement belle opportunité pour lui… mais ça faisait aussi tellement bizarre de se dire qu’il ne serait pas à l’appartement, collé sur son siège, le casque sur les oreilles, à transmettre des ordres aux gens arpentant les donjons avec lui, à chercher à rassurer leur petit nouveau qui avait tout le temps peur de faire des erreurs, à prendre sur lui pour avoir la patience de supporter les gens d’autres guildes qui les accompagnaient en donjon tout en tentant de tempérer les ardeurs de son charmant dragon pourrisseur de noobs… Dragon qui était d’autant plus sévère maintenant que le chef de guilde avait dû réduire son temps de connexion. Qui aurait pu imaginer que cet homme avait une vie à côté de son pc ? Qui aurait pu imaginer qu’il s’était trouvé une femme et lui avait fait un enfant ? Ca avait surpris tout le monde. Et ses officiers principaux avaient eu une promotion. Et évidemment, c’était peu après que Daniel avait dû partir. Dire que ce crétin avait longuement hésité à accepter ce stage, tiraillé entre son désir de s’épanouir professionnellement et son devoir envers sa guilde... Heureusement, il avait finalement écouté la voix de la raison !

L’avion allait l’emporter loin d’eux aussi. Il se connecterait sans doute encore, mais ça ne serait plus pareil : moins longtemps, avec des horaires décalés… Au moins, Alice n’aurait plus à râler lorsqu’elle l’entendrait, à toute heure du jour et de la nuit, brailler des trucs incompréhensibles dans son micro ou se marrer comme un idiot après une bêtise d’un de ses potes virtuels…

« Ça sent les soirées pyjamas… »
« Oh merde alors. Ahahah ! On a échappé à ça ! »

Alice rit, arrachée à ses réflexions. Merci Georges. Merci d’exister. Merci d’être là. Et c’était sincère : Alice l’appréciait, même si généralement ils passaient leur temps à se chamailler, à se crier dessus, à se menacer, à se traiter de tous les noms, à râler l’un sur l’autre, à se balancer des trucs au visage… Elle savait qu’on fond, c’était quelqu’un de bien. Sinon, elle aurait été bien plus méchante avec lui. Elle savait que, bien qu’il montrait trop souvent son côté lourd et qu’il lui avait fait honte plus d’une fois, Georges était quelqu’un sur qui on pouvait compter. La preuve, ce soir, pas de honte, pas de cris. Il était là. Il était venu faire le chauffeur pour Daniel et il la ramenait tranquillement chez elle. Il était même d’une conversation agréable. Et il l’avait fait rire. Ce n’était peut-être pas volontaire, d’autant plus qu’Alice ne montrait pas vraiment ce qu’elle pensait et que sa toute relative tranquillité pouvait être mise sur le coup de l’heure tardive, mais bon… Et évidemment, Alice ne lui dirait pas. Elle se contenta de l’embêter gentiment.

- T’en fais pas, je trouverai un moyen pour que vous en profitiez ! Quoi de mieux qu’une soirée Disney ?!

Un sourire, un clin d’œil. Quoi de mieux qu’un appel à 1h du matin pour qu’ils profitent de la musique et des rires ? Elle en était tout à fait capable. Il y a quelques temps, elle l’aurait sans doute fait. Mais là, probablement pas. Faire râler Georges n’était plus aussi drôle qu’avant. Et puis surtout, elle ne savait pas vraiment si elle ferait des soirées de ce type dans l’immédiat…

Et les voilà qui arrivaient dans le quartier miteux où elle vivait avec son frère et où elle allait maintenant vivre seule. Ce n’était que provisoire, mais ça lui faisait bizarre quand même. Elle avait quitté le logement parental depuis longtemps, puisqu’elle avait squatté chez son frère dès qu’il avait déménagé, mais elle n’avait jamais été aussi éloignée de Daniel… même si, d’une certaine manière, ils avaient toujours évolué dans des mondes parallèles.

Elle avait l’impression de redécouvrir les immeubles, les rues. Comme si on l’emmenait dans un monde nouveau. Dans un monde où elle n’avait plus ses repères. A vrai dire, de la belle époque, il ne restait que la petite vieille au caniche, sourde comme un pot et apeurée par un rien qui habitait l’appartement en face. Et on ne pouvait pas dire que c’était une présence très apaisante et très fiable, contrairement à son frère. Même s’il était loin d’être le mec le plus viril du monde, le savoir là la rassurait et il était quelqu’un sur qui elle pouvait compter. Comme ses chers anciens voisins. La jeune fille aurait bien aimé qu’ils soient toujours là. Enfin, même s’ils n’habitaient plus à côté, Alice pourrait toujours compter sur eux en cas de problème ; c’était justement ce que Georges étaient en train de lui dire. Mais il n’y avait pas que dans les situations problématiques qu’elle aurait voulu les voir…

A un autre moment, elle aurait sans doute râlé au petit nom de « princesse », mais dans la situation présente, elle ne le fit pas. Georges s’était montré adorable aujourd’hui. Et puis, surtout, ce n’était pas le moment de penser à ces chamailleries amicales. La vive interrogation du conducteur fit revenir Alice sur terre. La voiture s’immobilisa et la jeune fille regarda par la vitre ce qui causait cet arrêt impromptu. Elle écarquilla les yeux. Dehors, ça craignait vraiment. On se serait cru dans une mauvaise série américaine. A peine Daniel était-il parti, que la situation devenait cataclysmique. Le sort se moquait ouvertement d’elle, visiblement.

Alice allait ouvrir la portière quand la voiture repartit en marche arrière. La jeune attendit donc un nouvel arrêt pour bondir hors de l’habitacle et s’approcher des barrières coupant l’accès aux rues proches de son immeuble. Quelques années plus tôt, si personne ne l’en avait empêchée, elle aurait probablement bondi par-dessus afin d’aller voir ce qui se passait. Mais là, nul besoin de l’en empêcher. Après avoir filé comme une fusée, elle restait figée, les doigts crispés sur la barrière, fixant la scène sans la voir réellement, comme si tout se passait dans un autre monde. Les bruits ambiants étaient flous et, pendant un instant, Alice aurait été incapable de dire si quelqu’un lui parlait. Et même si quelqu’un était à côté d’elle, tout simplement.

Mais m*rde, quoi… Qu’est-ce qui se passait, ces derniers temps ?! C’était pas possible ! Et pour Alice, c’était comme si tout s’était effondré d’un coup. Jusqu’à présent, elle vivait cette épidémie de l’extérieur ; comme quelque chose de lointain. Ca n’arrive toujours qu’aux autres, après tout, non ? Mais là, ce n’était pas si lointain que ça ! C’était à peine à quelques rues de chez elle. Et à présent, elle se sentait terriblement seule et impuissante.

A un autre moment, elle ne se serait sans doute pas sentie si dépassée par la situation. Mais là, après le départ de son frère, c’était un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La seule chose rassurante dans tout ça, c’était paradoxalement que Daniel était loin. Il n’aurait pas à vivre cet enfer.


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Massial Jordan
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Lun 22 Mai - 0:49
Sa portière claqua et l’instant d’après, Massial se retrouva sur les talons de son ancienne voisine. Ralentissant à l’approche des barrières, ses yeux se plissèrent légèrement face aux jeux de lumières vives dans la nuit.

« C’est pas… des sacs mortuaires ? »

Le blond fixa la scène, sourcils froncés…

« Si… »

Du sang également se devinait au pied d’un mur… Qu’importe comment les choses s’étaient déroulées, l’attaque semblait avoir été d’une violence inouïe.
Georges jura quelque chose entre ses dents et le silence se fit, alors qu’ils observaient la scène se jouant. Des gens repoussés chez eux. Des ombres aux fenêtres. Les soins à une silhouette venant d’être chargée. Finalement, une ambulance s’apprêta à quitter les lieux. Se mordant la lèvre, l’étudiant posa une main sur le bras de la brune.

« Alice… »

Devant l’absence de réaction, Massial réitéra l’appel lorsque des agents firent signe aux quelques personnes présentes de s’écarter et passa un bras autour des épaules de la brune, la faisant reculer un peu plus loin sur le trottoir. L’attirant contre lui, il suivit des yeux le véhicule filer, sa sirène se perdant dans les rues.

« Ça va aller » s’entendit-il glisser à l’oreille de son amie, sans la lâcher avant d’interpeller l’un des hommes en uniforme.

« Je m’en occupe » lui signala Georges en se rapprochant des barrières afin de s’adresser aux policiers.

Après un échange de regards, le blond acquiesça d’un signe de tête et força la sœur de Dan à détourner le sien du triste spectacle.

« Viens, ne restons pas là. »

Fermement, il ne lui laissa guère plus de choix et revint sur leurs pas sans la lâcher, l’entrainant jusqu’à la voiture, ouvrant une portière et faisant asseoir la jeune étudiante sur le siège… Quel intérêt y aurait-il eu à la laisser davantage s’emplir les yeux de tout ça ? Il inspira, la fixant un instant en gardant sa main dans la sienne, finissant par la faire se décaler légèrement pour s’appuyer sur le bord du siège et l’attirer à nouveau dans ses bras pendant qu’il guettait son cousin.

« Alors ? » se renseigna-t-il en le voyant finalement revenir vers eux.

Georges secoua négativement la tête, attendant d’être à leur niveau, pour s’appuyer à la voiture et sortir son paquet de cigarettes, le tassant machinalement.

« Inutile de contourner, ta rue est également bloquée, Alice. Ils n’ont pas su me dire pour combien de temps, mais pour un bon moment, apparemment. Le temps qu’ils fassent leurs machins, puis d’autres mecs auraient encore à passer derrière pour je ne sais quoi… tout ça, en gros… »

« La désinfection des surfaces. »

A cause du sang.
D’autant plus du sang vicié et l’épidémie qui courait. Il jugea inutile de préciser ces points.

« Voilà, ils disaient un truc du genre » marmonna le brun en allumant sa clope, sans prendre la peine de confirmer la nature de l’attaque s’étant produite, comme si ne pas trop s’étaler sur les faits les éloignerait un peu, faisant tout de même en geste vague en direction des barrières pour rassurer leur passagère. « Mais ils l’ont eu. »

Les deux cousins s’entre-regardèrent en silence un instant avant que Georges expire la fumée, un brin irrité.

« Ouais. Bref… » reprit-il comme si quelques autres mots avaient pu s’échanger en reportant son attention sur son ancienne voisine.

« Inutile d’attendre ici. »

« Ouais. Voilà, c’est ça. +1. Alors tu rentres avec nous et je te ramènerai plus tard, dans la journée. Sauf, si tu taffes tôt et qu’tu préfères qu’on te dépose chez quelqu’un de plus près. »

Tirant une nouvelle bouffée, l’aîné du trio gratta le sol du bout de sa chaussure en attendant la décision finale.



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Dim 28 Mai - 15:52



Alice était comme déconnectée de la réalité. Non pas comme son frangin qui partait dans des rêveries ou des mondes étranges issus de ses jeux vidéo… mais comme quelqu’un qui a du mal à réaliser que le ciel vient de lui tomber sur la tête. Parce que c’était ça. Et elle en perdait ses mots. Elle était choquée.

Heureusement, une fois de plus, que Massial et Georges étaient là. Ils faisaient preuve d’un sang froid extraordinaire ; et à côté d’eux Alice se sentait terriblement désemparée, tellement faible, tellement inutile. Pourtant, elle était plutôt énergique, d’habitude. Mais là, non… Elle était abattue. Elle n’était pas capable de réagir ou de prendre sur elle pour surmonter cette épreuve.

Elle se laissa entraîner par son ancien voisin, qui se voulait rassurant… C’était agréable de se sentir protégée ; contre Massial, elle se sentait bien. Du moins aussi bien que possible dans un tel climat. Parce que, sincèrement… Y avait-il vraiment de quoi être rassuré lorsqu’on voyait, au pied de chez soi, des silhouettes sans vie et une multitude de véhicules de secours ?

Alice leva les yeux vers Georges. Celui-ci semblait attendre une réponse.
La jeune fille réalisa alors qu’elle était assise dans la voiture… elle se fit violence pour revenir à la réalité. Ah oui… où aller…

- Merci… Non… je ne travaille pas demain…

Et puis, même si elle n’était pas en repos, elle aurait sans doute pris un jour. Cela se comprenait, dans ces circonstances, non ? Et puis, de toute façon, le patron n’aurait peut-être même pas ouvert...

Le seul point positif dans cette histoire, c’était que Daniel était loin.
C’était une chance qu’il n’ait pas à vivre ce cauchemar.

Parce que ce n’était qu’un cauchemar, n’est-ce pas ?
Et Alice allait bientôt se réveiller…

Mais ce qu’elle ne savait pas, c’était le cauchemar ne faisait que commencer…


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